Trois cents enfants adoptés par des Français bloqués en RDC

La RDC bloque depuis septembre 2013 la sortie du territoire d’enfants adoptés légalement par des étrangers.
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Les autorités congolaises bloquent depuis septembre 2013 la sortie du territoire d’enfants adoptés légalement par des étrangers. Elles soupçonnent des cas de maltraitance et d’adoptions accordées à des couples homosexuels. Un collectif de parents, dont le noyau dur est constitué d'une trentaine de familles, dénonce cette situation.

Les enfants portent le même nom de famille que leurs parents adoptifs, ils ont été adoptés légalement mais sont depuis deux ans bloqués dans leur pays d’origine, la République démocratique du Congo. Cette situation dure depuis septembre 2013, date à laquelle les autorités congolaises ont décidé de suspendre le processus d’adoption internationale. A cette époque le pays soupçonne des cas de maltraitance et l’adoption d’enfants par des couples homosexuels, ce qu’interdit la loi congolaise.

Plus de 250 familles françaises concernées

Lorsque Kinshasa annonce sa décision en 2013, Maurice Labaisse, président fondateur de l’association d’adoption internationale Vivre en famille, qui suit le dossier, ne s’inquiète pas. « On pouvait penser que les autorités congolaises avaient besoin de temps pour améliorer leur procédure, mettre en place des contrôles. Et c’était louable, puisque cette interdiction venait de dérives qu’elles avaient constatées. On pouvait donc s’attendre à un déblocage assez rapide », explique-t-il.

Un an plus tard, en septembre 2014, la République démocratique du Congo renouvelle pourtant le gel des sorties. Selon des sources diplomatiques françaises, 337 enfants adoptés légalement par 263 familles françaises sont concernés par ce blocage.

Les parents en appellent au Quai d’Orsay

Face à l’attente, les familles des enfants bloqués en République démocratique du Congo ont monté le collectif Adoption Congo. Sur leur site internet, un compteur calcule le nombre de jours écoulés depuis la décision des autorités congolaises. Ils s’inquiètent pour leurs enfants « abandonnés une seconde fois » et demandent au Quai d’Orsay de réagir.

« Je pense que l’accord est imminent », assure Maurice Labaisse. Le président de l’association Vivre en famille a récemment rencontré les autorités congolaises. « J’ai été reçu par le président de l’Assemblée nationale qui m’a écouté silencieusement. Je lui ai parlé du désarroi des familles, de la démarche d’amour que constitue l’adoption. Il était d’accord avec moi », témoigne-t-il.

Selon lui, la question devrait faire l’objet d’un prochain conseil des ministres en République démocratique du Congo vendredi 14 août. De son côté, Paris assure être intervenu « à plusieurs reprises » et « au plus haut niveau auprès des autorités congolaises afin de parvenir à un déblocage de la situation » et permettre ainsi aux 263 familles concernées d’être réunies.

Protéger les enfants

Mais le temps passe, et les familles s'inquiètent pour ces enfants qui attendent dans des orphelinats dans des conditions précaires. Selon le collectif, depuis fin 2013, dix de ces enfants ont déjà perdu la vie. L'organisation réclame le soutien de Paris et que ces enfants soient protégés, le temps que la situation se débloque.

« On ne peut que soutenir une démarche qui vérifie qu’il n’y a pas de trafic, témoigne Isabelle Clavel a adopté en 2013 un petit garçon congolais âgé aujourd'hui de six ans.. Mais maintenant cela fait deux ans, on trouve cela très injuste parce qu’on a tout fait dans la légalité, on a respecté vraiment toutes les lois, et les enfants sont coincés dans un entredeux, ils ne sont ni Français, ni Congolais et ils attendent dans ces orphelinats depuis deux ans, dans des conditions dangereuses pour certains. »

Selon Isabelle Clavel, c'est l'avenir même de ces enfants qui est en jeu, et cette situation doit pouvoir être réglée, quitte à ce qu'une décision négative soit prise. « Il faut penser à eux, ils grandissent, ils sont dans des situations très inconfortables et il faut penser à leur avenir, qu’ils soient en RDC ou en France. Après nous, on souffrira mais ce n’est pas grave, si il faut que l’on souffre. Dans tous les cas, il faut débloquer la situation d’abord pour eux. Nous nous engageons vraiment du fond du cœur, à prendre soin d’eux, à faire en sorte qu’ils ne perdent pas leur racine, à rendre des comptes [...] on s’y engage mais qu’ils sortent ces enfants de cette situation abominable. »