Crise au Burundi: les craintes d'une escalade ethnique et régionale

Les assassinats, à deux semaines d'intervalle, de deux figures des ex-forces armées burundais d'un côté et de l'ancienne rébellion hutue de l'autre, fait craindre une escalade de la violence, notamment politico-ethnique.
© REUTERS/Goran Tomasevic

Après l'assassinat de l'ancien chef d'état-major Jean Bikomagu samedi 15 août, la tension monte d'un cran au Burundi. Le militaire était une figure de l'ancienne armée burundaise, qui luttait lors de la guerre civile contre la rébellion hutue CNDD-FDD aujourd'hui au pouvoir. Cette exécution intervient deux semaines après la mort du général Adolphe Nshimirimana, un proche du président Pierre Nkurunziza. Des assassinats qui font craindre une résurgence des tensions entre Hutus et Tutsis et une déstabilisation au niveau régional. Sollicités par RFI, des représentants américain et européen font part de leur inquiétude.

Le colonel Jean Bikomagu était une figure importante des ex-FAB, les forces armées burundaises, dominées par la minorité tutsie. Pendant la guerre civile des années 90, ces dernières étaient engagées dans la lutte contre l'ancienne rébellion hutue CNDD-FDD aujourd'hui au pouvoir. 

Abattu en pleine rue dans le quartier de Kabondo samedi, dans le sud de la capitale burundaise, l'assassinat de Jean Bikomagu survient deux semaines après celui du général Adolphe Nshimirimana, proche de l'actuel président Pierre Nkurunziza et figure, lui, de la rébellion hutue.

A Bujumbura, cet enchaînement dramatique fait dire à certains que la mort de Bikomagu est une réponse à celle de Nshimirimana. Et que cela révèle des tensions au sein de l'armée qui font craindre le pire, avec le spectre de la résurgence de conflits ethniques qui ont ensanglanté le pays.

Sylvestre Ntibantuganya, président du Burundi de 1994 à 1996, ne veut en « aucun cas » voir le Burundi replonger « dans les affres de la violence politico-ethnique ». Il en appelle donc à « la responsabilité des uns et des autres » pour « mettre très rapidement fin à cet engrenage qui commence ». L'ancien président, aujourd'hui dans l'opposition, dit avoir « alerté au début », quand les manifestations contre le troisième mandat ont commencé, pour que « personne ne fasse verser cette crise dans des aspects d’ordre ethnique ».

La sous-région affectée

Sylvestre Ntibantuganya souligne les risques « tellement graves », qui nécessitent d'agir au plus vite. « Nous sommes dans un pays et dans une région qui sont profondément blessés sur cette matière, et la responsabilité exige que des mesures rapides soient prises pour que cette perspective n’arrive pas », insiste-t-il.

Une situation qui n'affecterait donc pas uniquement le Burundi, mais toute la région, estime Jacob Enoh Eben, porte-parole de Mme Dlamini Zuma, présidente de la commission de l'Union africaine. Un problème dans un pays a « un impact sur le reste du continent », rappelle-t-il.

« S’il y a la paix au Burundi, cela aura un effet stabilisateur sur le reste des pays de la sous-région. Mais s'il y a au contraire une instabilité comme nous l’avons vu ces derniers mois, cela aura un impact négatif sur la paix, la sécurité, la situation humanitaire dans le reste de la région », analyse le porte-parole de l'Union africaine. Pour lui, il faut donc être prudent et lire ce qui se passe au Burundi comme « une tragédie qui affecte les Burundais mais aussi la sous-région dans son ensemble. »

« Besoin d'une reprise du dialogue »

Après l'Union africaine, c'est au tour des Etats-Unis et de l'Union européenne de s'inquiéter des derniers développements au Burundi.

Dans un tweet, l'envoyé spécial américain pour les Grands Lacs, Tom Perriello, estime que « l'instabilité de ce week-end au Burundi renforce le besoin urgent d'une reprise sans délai d'un dialogue politique inclusif sous la direction de la communauté des Etats de l'Afrique de l'Est ».

Un porte-parole de la Commission européenne a de son côté confié à RFI « s'inquiéter de l'assassinat de membres emblématiques de l'appareil sécuritaire sachant le rôle important joué par l'armée dans le processus de réconciliation au Burundi ». Il souligne également « la nécessité absolue d'une reprise du dialogue entre les parties, seule solution à une issue pacifique de la crise ».