Enfants bloqués en RDC: «pourquoi on ne peut pas être ensemble?»

En République démocratique du Congo, l’adoption a été suspendue depuis 2013, car des abus auraient été constatés à l’encontre des enfants.
© Steve Evans/CC/Wikimedia Commons

En République démocratique du Congo (RDC), c'est un imbroglio qui vire au cauchemar pour les familles. Depuis deux ans, 1 300 enfants congolais adoptés légalement sont bloqués dans le pays. On leur a interdit de quitter le territoire congolais depuis que le pays a décidé de geler les sorties d'enfants adoptés. Résultat : plus de 300 familles françaises, mais aussi belges, américaines et italiennes, attendent dans l'angoisse et l'espoir que la situation se débloque.

Dans l'appartement qu'elle loue à Kinshasa, Jenny s’attelle à trouver des activités pour ses deux garçons congolais, Luc et André, 3 et 6 ans. Depuis six mois, elle s'est installée auprès de ses fils adoptifs interdits de quitter le Congo. Mais son mari, lui, est resté à 10 000 km de là aux États-Unis, bloqué par son travail et avec leurs deux filles biologiques.

Une situation particulièrement inconfortable. « Ce n'est pas facile parce que c’est une famille divisée. Quand j’étais aux États-Unis, les garçons me manquaient et quand je suis ici c’est les filles qui me manquent et mon mari. Nous sommes tiraillés entre les deux mondes ».

Deux mondes jusqu'ici irréconciliables

Après une longue année de vérifications aux États-Unis et trois ans après avoir reçu son agrément d'adoption congolais, Jenny, comme 1 300 autres familles étrangères, est victime d'un gel des visas de sortie pour les enfants adoptés.

Une situation kafkaïenne pour la jeune maman. « Je ne comprends pas exactement le problème. Nous avons fait tout ce qu’ils ont demandé, on a suivi toutes les règles. C’est bizarre parce que nous sommes légalement les responsables pour les garçons donc pourquoi on ne peut pas être tous ensemble ? C’est… c’est difficile ».

Du côté des autorités congolaises, on avance des suspicions de trafic d'enfants, mais aussi de faux agréments d'adoption qui auraient été émis par des juges véreux pour justifier le blocage.

Une nouvelle loi sur l'adoption débattue en septembre

Depuis mai une commission interministérielle a promis d'examiner chacun des 1 300 dossiers en attente, mais sans résultat pour le moment. Une nouvelle loi sur l'adoption doit également être débattue en septembre au Parlement pour remettre à plat les conditions d'adoption, affirme la Direction générale des migrations. En attendant, l'attente et le calvaire continuent pour les familles adoptives et leurs enfants.

Fin 2013, Kinshasa avait suspendu les autorisations de sorties pour les enfants adoptés par des étrangers. Cette décision de la Direction générale des migrations avait été justifiée par des informations selon lesquelles des enfants congolais adoptés dans certains pays auraient été maltraités ou leur adoption transférée à des couples homosexuels. La loi congolaise interdit l'adoption d'enfants par des couples homosexuels. Le gel des sorties a été renouvelé en septembre 2014.