Mali: les casques bleus à Kidal pour établir la zone de sécurité

Les casques bleus de la Minusma, la mission des Nations unies au Mali, ici, à Kidal, le 22 juillet 2015. Les soldats ont commencé, ce mardi, à établir une zone de sécurité autour de la ville
© REUTERS/Adama Diarra

L'ONU a commencé à se déployer autour de la ville de Kidal, dans le nord du Mali. Une décision prise pour éviter la propagation de combats qui ont encore fait plusieurs morts lundi 17 août à quelque 120 kilomètres de là, entre deux groupes armés rivaux.

Comme prévu, les casques bleus de l’ONU ont commencé ce mardi par se déployer à 20 km à la ronde de Kidal pour établir la zone de sécurité. « Tout se déroule normalement, pas de difficultés », explique un responsable de la mission de l’ONU contacté par téléphone.

Vingt-quatre heures après la prise de la localité de Anéfis, située à une centaine de kilomètres plus au sud de Kidal, par les combattants de la plateforme, des groupes armés pro-gouvernement malien, le calme règne, selon deux témoins interrogés séparément. Et comme s’ils voulaient effacer toute trace des rebelles, les nouveaux maîtres de la ville font flotter le drapeau national.

Un peu plus au nord, à el-Gerer, autre localité où les belligérants se sont affrontés ces trois derniers jours, c’est également le calme, mais un climat de tension est perceptible sur place, selon une source étrangère qui craint de nouveaux affrontements.

A Bamako, des officiels se disent en privé plutôt gênés par la violation du cessez-le-feu par leurs alliés qui affrontent les ex-rebelles de la Coordination des mouvements de l'Azawad. On rappelle volontiers que très récemment le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a encore longuement reçu les responsables de la rébellion pour réaffirmer sa volonté de respecter ses engagements.

Quant à la zone de sécurité autour de Kidal, la mesure n'a pas été prise en concertation avec les autorités du pays, regrette le ministre de la Communication malien, Choguel Maïga. « Nous nous attendions à ce que toutes les mesures que nous prenons soient prises ensemble. Donc ce n'est pas convenable que ce soit par la presse que le gouvernement malien apprenne une décision des Nations unies, s'indigne-t-il. Deuxièmement, cette mesure si elle est prise à Kidal, elle doit être prise partout où il y a des risques de violence qui pèsent sur les populations parce que nous savons que les tensions existent dans beaucoup d'autres zones. Donc ce que le gouvernement a demandé, c'est que la même mesure qui est prise concernant Kidal soit prise dans toutes les zones où pèse l'insécurité sur les populations. »


A la Une : « Péril sur le processus de paix »

« Une première violation flagrante du cessez-le-feu depuis la signature de l'accord de paix. » Le journal Le Républicain est bien forcé de constater ce que tout le monde craignait : les ex-rebelles et les groupes armés loyalistes ont repris les armes en dépit de leurs engagements. Des groupes armés qui « se renvoient mutuellement la responsabilité de la reprise des hostilités », déplore encore Le Républicain qui estime qu'« il y a péril sur le processus de paix ».

« La balle est dans le camp de la Minusma », juge de son côté L'Indicateur du Renouveau, qui note qu'une équipe mixte d'observation, rassemblant toutes les parties sous l'égide de la mission onusienne, a été envoyée sur place.

La Minusma dont le rôle est largement mis en cause comme à chaque fois que la tension monte sur le terrain. La mission onusienne fait ainsi l'objet de nombreux commentaires sur les sites d'informations maliens en ligne et sur les réseaux sociaux. Elle est tout à la fois accusée d'être « inutile » ou « impartiale », les mêmes reproches revenant souvent chez les partisans des deux camps ; parfois violemment insultée et, bien plus rarement, défendue pour l'aide qu'elle tente d'apporter aux populations civiles.

L'accord n'a pas fonctionné
Reportage dans les rues de Bamako
19-08-2015 - Par David Baché