Echec des négociations: le Soudan du Sud entre espoir et déception

Après vingt mois de guerre civile, les Sud-Soudanais espéraient la paix lors des négociations le 17 août à Addis Abeba.
© REUTERS/Tiksa Negeri

A Addis Abeba, on essaye de comprendre les causes de l’échec partiel des négociations de paix sur le Soudan du Sud. Lundi, alors qu’on atteignait la date limite des négociations, le gouvernement de Salva Kiir n’a en effet pas signé l’accord proposé par la médiation pour mettre en place une transition politique et sortir le pays de la guerre civile. Le président a obtenu un délai de 15 jours pour consulter ses partisans. Le texte, déjà signé par son opposant Riek Machar, ne pourra plus être modifié mais il reste des motifs d’espoir.

Lundi soir, Riek Machar s’était dit surpris que Salva Kiir ne signe finalement pas l’accord de paix. Même si le chef rebelle avait lui paraphé le document, l’accord n’avait pas grande valeur sans la participation du président sud-soudanais. Il a ensuite fallu attendre 24 heures pour que le texte soit rendu public et pour connaître les raisons de l’échec.

Officiellement, le gouvernement de Juba a refusé de signer car il a la sensation que la communauté internationale, que ce soit les pays de la région ou des puissances occidentales et même la Chine, veulent lui forcer la main. Mais le médiateur Seyoum Mesfin a réfuté les accusations d’intimidation, tout en menaçant Salva Kiir s’il restait à l’écart du processus. « Personne ne souhaite que des mesures sévères soient prises envers quiconque. Mais ceux qui ne respectent pas les accords doivent comprendre que cela ne sera pas sans conséquence, a-t-il prévenu. Nous ne voulons intimider personne, mais nous le rappelons, le monde perd patience. »

Le médiateur a par ailleurs assuré que les points conflictuels avaient été réglés, que ce soit la démilitarisation de Juba, la capitale, la mise en place d’une force de police mixte entre partisans du gouvernement actuel et de l’opposition ou le partage des pouvoirs au sein des différentes institutions.

Mais s’il a ainsi persisté avec son perpétuel optimisme, il a reconnu que même si le président Kiir signait finalement l’accord de paix d’ici quinze jours, ce ne serait qu’un tout petit pas de fait et que la mise en œuvre d’une transition serait un défi encore plus grand que ces négociations déjà très compliquées.

Des rêves de paix

Lundi soir à Juba, la capitale du Soudan du Sud, les habitants eux espéraient un accord de paix. Alors la déception est grande. Martial Boniface enseigne le français à l’université de la ville. Pour lui, cette absence d’accord renforce l’insécurité dans les rues de la capitale. « Tout le monde se demande ce qui pourrait se passer si un accord de paix n’est pas signé. Pour l’instant, on essaie de rester assez prudents, de ne pas rester dehors trop tard la nuit pour éviter tout conflit qui pourrait éclater, explique-t-il. On sent la tension parmi la population. »

A Rumbek, dans le centre du pays, David Kuacreng est membre d’une association de juristes de la ville. Lui veut toujours croire à la possibilité d’un accord. « Nous attendons la fin du conflit depuis 20 ans, rappelle-t-il. Nous voulons que le pays se développe et que le Soudan du Sud soit en paix. La paix a failli être trouvée hier [lundi, ndlr], et c’est ça qui importe pour la société civile du Soudan du Sud. Je crois à la paix pas à la guerre et je veux que la paix revienne au Soudan du Sud. »

Plus au nord à Malakal, un habitant joint par RFI, dit comprendre la décision de Salva Kiir. Pour lui, l’accord proposé par la médiation n’était pas acceptable pour le gouvernement.