L'Afrique va connaître une forte croissance démographique d'ici 2050

Avec un taux de fécondité supérieur à la moyenne du continent, l'Afrique de l'Ouest va porter la croissance démographique africaine. Photo prise au Sénégal.
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Dans ses projections publiées mardi, le Population Reference Bureau (PRB) souligne le poids que représentera la population africaine dans les prochaines décennies. Selon l'organisation américaine, le continent va assister à l'émergence de nouvelles puissances démographiques : le Nigeria, la République démocratique du Congo et l'Ethiopie feront partie en 2050 des dix pays les plus peuplés au monde.

En 2050, le Nigeria sera le quatrième pays le plus peuplé au monde. Selon les projections du Population Reference Bureau, sa population va fortement croître au cours des prochaines décennies pour atteindre 400 millions d'habitants à l'horizon 2050. Le Nigeria restera ainsi la première puissance démographique africaine.

D'après les mêmes projections du PRB, la République démocratique du Congo et l'Ethiopie vont intégrer le classement des dix pays les plus peuplés de la planète. La population de la RDC sera multipliée par plus de 2,5 d'ici 2050, en faisant alors le 9e pays le plus peuplé. Dans 35 ans, elle dépassera les 190 millions d'habitants. Une poussée démographique notamment due à un taux de fécondité élevé. Plus de six enfants par femme aujourd'hui. En 2050, l'Ethiopie comptera elle 165 millions d'habitants.

Derrière ces trois puissances démographiques, l'Egypte, la Tanzanie, le Soudan ou encore l'Ouganda feront partie des vingt pays les plus peuplés au monde en 2050. D'après l'Unicef, à la moitié du siècle un quart de la population mondiale sera africaine.

La fécondité de l'Afrique de l’Ouest comme locomotive

Et avec un taux de fécondité supérieur à la moyenne du continent, c'est l'Afrique de l'Ouest qui va porter la croissance démographique africaine. Des pays comme le Mali, le Burkina Faso ou le Niger vont voir leur population multipliée par plus de 2,5 d'ici 2050. C'est d'ailleurs au Niger que la fécondité est la plus élevée au monde : 7,6 enfants par femme en moyenne.

Selon la démographe Véronique Hertrich, ce maintien d'une forte fécondité ne vient pas d'un manque d'infrastructures ou d'une mauvaise connaissance des moyens de contraception. Au contraire, l'image de la famille nombreuse est encore valorisée et l'enfant reste une valeur sûre dans une région qui compte parmi les plus forts taux de mortalité infantile au monde. « On voit dans toutes les enquêtes que quasiment toutes les femmes connaissent les méthodes contraceptives, souligne la démographe. (…) Mais ce qu’on voit aussi, c’est que si les couples ont beaucoup d’enfants c’est qu’ils sont attachés à des objectifs, à un idéal de fécondité élevée. C’est plus à rapprocher des conditions de développement : quand la mortalité est élevée, il y a de l’incertitude. Quand aussi il y a de l’incertitude économique et qu’il n’y a pas de prise en charge des personnes âgées, tout ça repose sur les enfants qui restent une valeur sûre. Et puis on est dans des populations où le statut social des individus est aussi attaché à leur fécondité. »

Le phénomène de forte fécondité n'est cependant pas uniforme sur l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest. La fécondité a déjà commencé à baisser dans des pays du golfe de Guinée, comme la Côte d'Ivoire, le Bénin ou le Togo.


Le Burundi menacé par « la sursaturation »

A une autre échelle, le Burundi va également connaître une explosion démographique. Il y aura en 2050 trois fois plus de Burundais qu'aujourd'hui. Cela s'explique par le maintien d'un taux de fécondité élevé alors que la mortalité a baissé dans la région. Cette poussée démographique peut être problématique. Selon le démographe burundais Evariste Ngayipenda, le Burundi est plus menacé que ses voisins rwandais ou congolais par cette forte croissance de la population.

Avec un aussi faible niveau d’urbanisation, sans tissu économique et sans tissu productif viable, cette forte pression démographique constitue un danger.
Evariste Ngayipenda
20-08-2015 - Par RFI