Mauritanie: ouverture du procès en appel de trois anti-esclavagistes

Une manifestation contre l'esclavage et la discrimination à Nouakchott, le 29 avril 2015.
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C'est ce jeudi que doit s'ouvrir à Aleg, en Mauritanie, le procès en appel de trois militants anti-esclavagistes. Biram ould Abeid, président de l'ONG IRA, son vice-président Brahim ould Bilal et Djiby Sow ont été condamnés à deux ans de prison en janvier pour rébellion et manquement à l'autorité publique.

Biram ould Abeid, président de l'Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA Mauritanie), son vice-président Brahim ould Bilal et Djiby Sow, à la tête d'une ONG de défense des droits civiques, avaient été arrêtés en novembre 2014 à Rosso, dans le sud de la Mauritanie, alors qu'ils participaient à une caravane de sensibilisation contre l'esclavage. En janvier dernier, ils ont été condamnés en première instance à deux ans de prison pour rébellion et manquement à l'autorité publique.

Procès attendu

Aucun des trois prévenus ne devrait être présent à l'audience. Djiby Sow est actuellement soigné en Europe. Les leaders d'IRA Mauritanie, quant à eux, refusent de comparaître et ont demandé à leurs avocats de boycotter l'audience.

Ce procès en appel est pourtant très attendu. Car l'esclavage reste un sujet très sensible dans le pays. Mais aussi parce que Biram ould Abeid, candidat malheureux à la dernière présidentielle, a atteint une certaine notoriété internationale : en 2013, il a reçu le prix des droits de l’homme des Nations unies pour son combat contre l'esclavage.

Loi contre l'esclavage: un double discours ?

Depuis sa prison, Biram ould Abeid a publié une lettre. Il appelle l'Union européenne et les Etats-Unis à « mobiliser tous les moyens légaux et diplomatiques, y compris la suspension de toute aide financière, pour inciter le gouvernement à arrêter la répression et agir réellement pour éradiquer l’esclavage ».

Pour le moment, il n'y a eu aucune réaction officielle. Mais un responsable met en avant l'adoption il y a seulement dix jours, d'une nouvelle loi contre l'esclavage, un crime désormais imprescriptible, passible de peines alourdies à 20 ans de prison. Les associations peuvent désormais se constituer parties civiles pour les victimes, ce qu'elles réclamaient depuis longtemps. Les défenseurs des droits de l'homme, eux, rappellent qu'au-delà de la loi, c'est son application qui compte et les précédents textes n'ont mené qu'à de très rares condamnations et jamais à un emprisonnement durable.