Guinée: accord entre le pouvoir et l'opposition pour la présidentielle

Les opposants guinéens Sidya Touré (g.) et Cellou Dalein Diallo.
© AFP PHOTO / CELLOU BINANI

Les acteurs politiques guinéens viennent de signer l'accord mettant fin à la longue crise politique qui sévit depuis des mois dans le pays. L'accord signé porte sur trois points essentiels.

Cet accord politique entre le pouvoir et l'opposition en Guinée porte sur des sujets qui fâchent, à savoir la recomposition de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), le fichier électoral et le problème des délégations spéciales. « En ce qui concerne la Céni, deux nouveaux commissaires vont être nommés par l’opposition. Et en ce qui concerne le fichier (électoral), nous avons mis en place un comité de suivi, mais surtout une assistance technique qui va examiner le fichier pour essayer d’en extraire le maximum de problèmes que nous connaissons aujourd’hui », a précisé Sidya Touré, opposant guinéen.

La question du fichier électoral est précisément celle qui inquiète Cellou Dalein Diallo, président du parti d'opposition UFDG (union des forces démocratiques de guinée). « Nous on a fait la concession. On a accepté que les élections communales et locales ne soient pas organisées avant la présidentielle, parce qu’il n’y avait plus le temps et on nous disait qu’il n’y avait pas d’argent. Mais il faut, au niveau du fichier, que les corrections soient apportées et que le fichier soit assaini. Si le fichier est tel qu’il est, il n’y a pas d’intérêt pour nous d’aller à des élections. Avec ce fichier là, il est impossible d’aller à une élection transparente et crédible », insiste le leader de l'UFDG.

Cellou Dalein Diallo dit craindre, par ailleurs, que le pouvoir ne tienne pas parole. « Je ne suis pas entièrement satisfait parce que nos revendications n’ont été prises en compte que partiellement. Pour la paix, pour éviter les affrontements et les violences, nous avons essayé de donner une chance au dialogue en espérant que cette fois-ci le gouvernement respecte les engagements qu’il a pris, tout en restant sceptique. Il n’a pas l’habitude de respecter ces engagements. Alpha Condé est connu pour ça », estime-t-il.

« Vers des élections apaisées »

Le ministre de la Justice, Cheick Sako, garant du dialogue politique et inter-guinéen, promet de s’investir pour dissiper les inquiétudes de l’opposition et de la communauté internationale quant à l’applicabilité de cet accord, dont le délai de mise en oeuvre est très court, puisque le scrutin de la présidentielle est prévu le 11 octobre. « Je suis très heureux qu’enfin la classe politique guinéenne puisse arriver à signer ce qu’on peut dire, sans forfanterie, un accord historique. Ce qui nous reste maintenant, c’est l’applicabilité de cet accord qui a été signé aujourd’hui et je puis vous assurer que dès demain matin, le gouvernement va s’atteler à la tâche et que cet accord sera respecté ».

Même confiance au sein du parti au pouvoir. Saramady Touré, secrétaire permanent du RPG, salue un « accord historique » et un « consensus autour de toutes les questions qui étaient inscrites à l’ordre du jour ». Pour lui, cela semble ne pas faire de doute, la Guinée se dirige « pour la première fois vers des élections apaisées ». Il estime que l'accord est applicable dans les délais. « Le gouvernement qui est chargé de la mise en œuvre a pris le taureau par les cornes et je pense que dans les jours et les heures qui vont suivre tout sera mis en œuvre pour que l’accord soit appliqué. Bien sûr, nous ne disposons pas de beaucoup de temps la volonté politique est là des deux côtés. Ça se sent et du côté de l’opposition et du côté du pouvoir », analyse-t-il.

L'accord a été salué par le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour l'Afrique de l'Ouest, Mohammed Ibn Chambas. Le climat était tendu depuis plusieurs mois entre le pouvoir et l'opposition autour du calendrier des prochains scrutins arrêté en mars par la Céni, qui prévoit une présidentielle en octobre et des locales en 2016. « Il y a eu un esprit de dialogue qui a permis de trouver des solutions consensuelles. On a décidé tout d’abord qu’après l’élection présidentielle, il y aura des élections locales au plus tard en juin 2016. Et ça c’est important. Ce qui reste, c’est la mise en application de cet accord mais moi j’ai senti une bonne foi pour assurer des élections pacifiques », confie Ibn Chambas.

Les opposants, qui contestaient ce calendrier et réclamaient la tenue des locales avant la présidentielle, ont organisé depuis avril plusieurs manifestations, généralement interdites, qui se sont soldées par plusieurs morts et des dizaines de blessés.