Soudan du Sud: les médias en grève après l'assassinat d'un journaliste

Des journalistes font une minute de silence lors d'une réunion sur l'assassinat de Peter Moi, le 21 août 2015.
© AFP PHOTO / SAMIR BOL

Pas de journaux dans les kiosques ce samedi matin, des radios et TV muettes jusqu'à midi : les médias sud-soudanais ont décidé de faire silence pendant 24h, en mémoire de leur collègue assassiné mercredi 19 août. Peter Moi, journaliste au quotidien indépendant New Nation, a été abattu dans la capitale Juba par des inconnus de deux balles dans le dos, après avoir quitté son travail. Son argent et son téléphone n'ont pas été volés, laissant penser à un assassinat ciblé. Déjà difficiles, les conditions de travail des journalistes sud-soudanais se sont encore dramatiquement détériorées ces derniers mois.

Peter Moi est le 7ème journaliste tué dans le pays en 2015. Une année qui a commencé par un janvier noir : cinq journalistes abattus le même jour dans une embuscade, aux côtés de responsables du pouvoir.

Huit mois plus tard, les coupables n'ont toujours pas été identifiés déplore Edward Ladu Terso, de l'Union des journalistes. Il appelle les autorités à mieux prévenir les crimes contres les journalistes, notamment en luttant contre l'impunité. En attendant, lui et ses confrères travaillent dans la peur.

« Dans le contexte d'instabilité politique et économique du pays, notre espace de liberté est très réduit. Cette situation pousse les journalistes à une importante autocensure, pour éviter toute menace sur leur vie. La peur est là. Parce que, qui a tué nos 5 collègues en janvier ? Ce n'est toujours pas établi. Pour quel motif ? On l'ignore aussi. Donc on ne sait même pas où chercher les responsabilités », déplore le journaliste.

Si on ignore tout des assassins de Peter Moi, le CPJ, le Comité de protection des journalistes, une association américaine, souligne le climat délétère pour la presse qui règne dans le pays.

Dimanche dernier, le président Salva Kiir s'était adressé en ces termes aux journalistes, selon le CPJ : « La liberté de la presse ne signifie pas que vous pouvez travailler contre le pays. Si certains d'entre vous ne savent pas que ce pays a déjà tué des gens, nous allons le démontrer un jour. »

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