COP 21 : que révèlent les contributions nationales africaines ?

Le bassin du Congo abrite la deuxième plus grande forêt tropicale humide du monde.
© Kim Gjerstad/Unesco

En décembre prochain se tiendra à Paris la 21e conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP21). L’objectif est de trouver un accord juridiquement contraignant sur le climat avec pour finalité de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C. Pour cela, les 195 Etats participants sont invités à rendre une contribution dans laquelle ils précisent leurs futurs engagements. Pour le continent africain, seuls six Etats (Gabon, Bénin, Maroc, RDC, Ethiopie, Kenya) ont pour l’instant rendu leur copie.

Si le grand rendez-vous de la COP21 se rapproche, les 195 Etats ne se pressent pas pour autant à livrer leurs contributions nationales. Afin de trouver un accord global lors de la conférence à Paris, tous les participants doivent fournir un document dans lequel ils font un rapide état des lieux de leur pays (sociétal, économique, énergétique, transports…), de leurs actuelles émissions de gaz à effet de serre (GES), leurs objectifs ainsi que les moyens envisagés pour les atteindre. Seuls six pays d’Afrique ont pour l’instant rendu ce fameux dossier : le Gabon, le Bénin, l’Ethiopie, le Kenya, le Maroc et le dernier en date, la République démocratique du Congo.

Dans ces rapports plus ou moins volumineux et plus ou moins clairs et précis, transparaissent des situations économiques variables allant d’une croissance florissante de 10% en moyenne pour l’Ethiopie, à une économie qui peine à se lancer pour la RDC ; pays dont l’indice de développement humain fait partie des plus faibles du monde. Les ressources économiques et naturelles fluctuent elles aussi selon les Etats. L’économie marocaine repose essentiellement sur le secteur énergétique alors que le Bénin est principalement alimenté par l’agriculture.

Des ambitions à dimensions variables

Ces situations diverses impliquent des investissements et des objectifs tout aussi différents lors de la future COP21. Dans tous les rapports ressort une prise en compte du changement climatique et de son implication sur leurs territoires (sécheresse, érosion des côtes, changement des cycles agricoles…), néanmoins tous sont aussi d’accord pour rappeler la part mineure de leur responsabilité dans ce défi climatique. Très peu industrialisés, ces six Etats représentent chacun moins de 1% des émissions de GES mondiales. Le Gabon et la RDC disposent en plus de ressources forestières très importantes considérées comme de véritables puits de carbone.

Malgré une responsabilité limitée de ces pays dans le dérèglement climatique, certains ont surpris la communauté internationale par leur engagement et leur volonté à se tourner vers une croissance verte. Le Gabon notamment a affirmé vouloir diviser par deux ses émissions de GES d’ici 2025. La RDC est beaucoup plus prudente et ne prévoit une baisse que de 17%  de ses émissions d’ici 2030.

Il n’est donc pas étonnant, considérant les situations économiques contrastées de chacun de ces Etats, qu’ils fassent plus ou moins appel à l’aide financière de la communauté internationale pour atteindre leurs objectifs. L’Ethiopie, par exemple, reste floue quant à ses attentes. Elle avance un budget prévisionnel de 150 milliards de dollars et relève la nécessité d’une aide significative pour la mise en place de ses projets. D’autres avancent des chiffres précis, 28 milliards de dollars pour le Bénin, 35 milliards pour le Maroc, 21 pour la RDC... La COP21 devrait déterminer le montant et l'origine des aides qui seront octroyées à chacun des Etats, car « qui paiera pour qui » est la question majeure de ce prochain rendez-vous. 


Décryptage des fiches produites par les six pays africains1

Période d’engagement : 2010 -2025. Prolongeable sur 2030, voire 2050

Le Gabon a de gigantesques espaces verts à protéger et conserver. Le défi est de taille devant l'aggravation des changements climatiques. © freewheely.com/CC

Objectif : Au moins 50% de réduction des émissions de GES

Estimation des rejets de GES : 6,95 MtCO22 en 2012

Profil des GES : pays recouvert à 88% de forêt

- Changement d’affectation des terres : 63%
- Industrie pétrolière, torchage : 23%
- Energie : 9%
- Autre (déchets, procédés industriels, agriculture) : 5%

Coûts : Non renseigné

Mesures prises ou à prendre :

- 2001 : adoption d'un Code forestier qui pousse les forestiers à étendre leurs rotations de 15 ans à 25 ans, avec des taux de dégâts inférieurs

- 2002 : création de 13 parcs nationaux qui interdit l’exploitation forestière dans de vastes zones du territoire, suivie en 2012 par des restrictions sur de vastes zones de la province de l’Estuaire

- adoption d’un Plan national d'affectation de terres permettant d’allouer de manière optimale les zones aux différents usages, en excluant les forêts intactes, les forêts à haute valeur de conservation et les forêts particulièrement riches en carbone

- promulgation en 2014 de la loi N° 011/2014 portant règlementation du secteur des hydrocarbures interdisant le torchage en continu au Gabon et ce cadrant avec la participation du pays à l’initiative « Zéro Torchage de Routine d’ici 2030 » lancée par le GGFR

- développement de l’hydroélectricité, avec comme objectif d’assurer à l’horizon 2025 une fourniture de l’électricité basée à 80% sur l’hydroélectricité et 20% sur le gaz

- Stratégie nationale d’adaptation du littoral face aux effets des changements climatiques. Diverses mesures visant à une gestion intégrée de la zone côtière par la mise en place d’un cadre juridique approprié, l’acquisition d’outils de surveillance et la formation et l’information.

Défis majeurs :

- L’augmentation progressive observée depuis 1950 des superficies des permis forestiers de la côte vers les formations forestières climaciques de l’intérieur du pays va s’accroître

- L’accroissement démographique va induire des besoins alimentaires de plus en plus importants occasionnant le développement de cultures industrielles et entraînant une perte moyenne de 175 tonnes de carbone par hectare

Période : 2020-2030

Une femme arrose des cultures dans une ferme biologique à Porto Novo. © AFP PHOTO / Charles Placide Tossou

Objectif : réduction de 120 MtCO2 de GES

Estimation des rejet de GES : 6 251 GgCO2 en 2000

Profil des GES :

- Agriculture : 68%
- Energie : 30%
- Déchets : 2%
- Procédés industriels : 0%

Coûts : Besoin total, 30 milliards de dollars. Participation du gouvernement béninois à hauteur de 2 milliards.

Objectifs :

- atténuer les émissions dans les secteurs de la production et de la consommation d’énergie, du transport, de l’agriculture et de la foresterie

- mettre en œuvre des plans et programmes dans le domaine de l’adaptation avec des cobénéfices pour l’atténuation

- réduire la vulnérabilité des systèmes socio-économiques et des écosystèmes à la variabilité et aux changements climatiques en adoptant des politiques et mesures à moindres coûts

- promouvoir des politiques et mesures visant à atténuer les changements climatiques

- développer des initiatives en matière d’atténuation et d’adaptation aux fins d’un développement durable

- promouvoir le transfert de technologie et le savoir ainsi que la recherche scientifique et technologique en matière d’adaptation et d’atténuation aux changements climatiques

Mesures prises ou à prendre :

- création du ministère de l’Environnement chargé de la gestion des changements climatiques du reboisement et de la protection des ressources naturelles et forestières, de la Direction générale des changements climatiques, du Fonds national pour l’environnement et le climat et de la mise en place du Programme national de gestion des changements climatiques

- mise en place du Comité national sur les changements climatiques

- mise en place de la Commission de modélisation économique des impacts du climat et de l’intégration des changements climatiques dans le budget général de l’Etat

- Programmes/Projets d’adaptation aux changements climatiques

Défis majeurs :

- des réformes institutionnelles inadaptées

- l’insuffisance de ressources financières

- l’inaccessibilité aux ressources technologiques appropriées

- la quasi-inexistence de textes législatif et réglementaire en matière d’adaptation aux changements climatiques

Période : 2020-2030

Objectif : Réduction de 32% des émissions de GES d’ici 2030. Ce qui correspond à une réduction cumulée de 401 MtCO2.

Estimation des rejets de GES : 94 MtCO2 en 2010

Profil des GES : Non précisé

Coûts : coût global de 45 milliards de dollars, dont 35 milliards sont conditionnés par un appui international grâce aux nouveaux mécanismes de la finance climat.

Principal objectif :

- importante transformation du secteur de l’énergie qui vise à réduire la grande dépendance énergétique du pays et à répondre à la demande grandissante en énergie pour soutenir son développement, notamment en raison du stress hydrique.

Mesures :

- 54 projets couvrent l’ensemble des secteurs pour la réduction des GES

- Le Maroc a consacré 64% des dépenses climatiques du pays à l’adaptation (2005-2010), ce qui équivaut à 9% des dépenses globales d’investissement. Elles pourraient atteindre au moins 15% à l’horizon 2030.

- Loi-cadre portant la Charte nationale de l’environnement et du développement durable. L’opérationnalisation de cette charte a été entreprise à travers l’élaboration de la Stratégie nationale du développement durable qui guidera les actions de toutes les institutions publiques et des acteurs privés visant la réalisation d’un développement économique et social dynamique.

- Le Maroc compte entamer l’élaboration d'un plan national de lutte contre les polluants de courte durée.

- Création du Centre de compétences changement climatique du Maroc

- Programme national de valorisation des déchets/ Programme national d’assainissement liquide et d’épuration des eaux usées

- Plan Maroc Vert/ Stratégie de préservation et gestion durable de la forêt

Défis majeurs :

- Le Maroc a connu un développement économique et démographique dans un contexte de changement climatique. La pression sur les ressources naturelles s’est accentuée en conséquence, affectant la résilience des écosystèmes forestiers et du secteur agricole, notamment en raison de la raréfaction des ressources en eau dont la disponibilité par habitant était trois fois plus importante en 1960 qu’aujourd’hui.

Vue générale de forêts en République démocratique du Congo. © AFP PHOTO / Junior D. Kannah

Période : 2021-2030

Objectif : réduction de 17% des émissions de GES

Coûts : 21,622 milliards de dollars

Estimation des rejets de GES : 2064,68 GgCO2 en 2000

Profil des GES :

- Energie : 78,10%
- Agriculture : 15,67%
- Déchets : 6%
- Procédés industriels : 0,32%

Principaux objectifs :

La prospective d’émergence 2030 s’articule autour des axes prioritaires comprenant les secteurs mines, agriculture, forêts et le développement du tissu industriel dans un cadre d'avantage décentralisé

Mesures prises ou à prendre :

- Ratification de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et le Protocole de Kyoto

- adoption de la loi N°011/2002 du 29 août 2002 portant sur le Code forestier

- élaboration du Programme national environnement, forêts, eaux et biodiversité

- évaluation des risques et de la vulnérabilité aux impacts des changements climatiques en 2006 et mise en œuvre des projets d’adaptation, particulièrement dans le secteur agricole depuis 2010

- identification des potentialités en atténuation et les besoins technologiques en 2007

- mise en œuvre des processus de réduction des émissions dues à la déforestation et la dégradation des forêts (REDD, 2009)

- lancement du processus de formulation de la politique, stratégie nationale et plan d’action en matière des changements climatiques (stratégie de développement sobre en carbone (2012), Plan national d’adaptation de la RDC aux changements climatiques (2014), intégration transversale dans les politiques et stratégies sectorielles)

- élaboration du document de politique dans le secteur de l’électricité y compris l’Atlas des énergies renouvelables en RDC

Défis majeurs :

- Le Programme national d’adaptation aux changements climatiques a établi une cartographie limitée de la vulnérabilité de la RDC face aux impacts des changements climatiques. Il a cependant révélé d’énormes préoccupations en matière d’agriculture, de ressources en eau et de zones côtières, qui induisent une forte vulnérabilité dans les domaines de la sécurité alimentaire et de la santé.

- La RDC fait partie des Pays les moins avancés et est le pays ayant l’indice de développement humain le plus bas selon le rapport sur le développement humain de 2014. Le pays doit donc faire face à de nombreux défis en termes de développement socio-économique. Par ailleurs, le pays doit en priorité minimiser les risques d’impacts des changements climatiques, en raison de l’importante vulnérabilité de certaines activités économiques, comme l’agriculture et la foresterie.

Le parc éolien d'Ashegoda, en Ethiopie. © AFP/Jenny Vaughan

Période : 2020-2030

Objectif : Réduction de 145 MtCO2 soit une réduction de 64% des GES

Coûts : le budget prévisionnel est d’environ 150 milliards de dollars. Cela met en lumière le besoin d’investissements de capitaux importants, précise le document

Estimation des rejets de GES : 150 Mt CO2 en 2010

Profil des GES :

- Elevage : 42%
- Activités forestières, déforestation : 37%
- Cultures : 9%
- Electricité : 3%
- Transports : 3%
- Industrie : 3%
- Bâtiment : 3%

Principaux objectifs :

- Amélioration des pratiques d’élevage et de culture pour obtenir une plus grande sécurité alimentaire et des revenus plus importants aux éleveurs et cultivateurs tout en réduisant les émissions

- Protéger et rétablir les forêts pour leur intérêt économique et leur apport dans l’écosystème, tout en réduisant de manière significative la quantité de dioxyde de carbone et en augmentant les stocks de carbone en milieu naturel

- Etendre la production d’énergie électrique issue des énergies renouvelables

- Avancer vers des technologies énergétiques efficaces et modernes dans les domaines du transport, de l’industrie et de la construction

Mesures prises ou à prendre :

- La Stratégie de l’Ethiopie pour une économie verte résiliente face au changement climatique (CRGE) est la stratégie pour répondre à la fois à l’adaptation au changement climatique et aux objectifs d’atténuation. La CRGE est aussi intégrée dans le second plan quinquennal de croissance et de transformation du gouvernement (le plan national de développement). La CRGE est un mécanisme qui permet de mobiliser des fonds en provenance de différentes ressources.

- Interventions de boisements et de réhabilitation des terres

- Production et distribution d’électricité provenant de sources propres et renouvelables

- Augmentation des investissements dans les transports (le train par exemple) qui utilisent des énergies propres et renouvelables. Ces investissements seront complétés par la transition de la planification urbaine pour des villes à la fois compactes et polycentriques qui abaissent les distances de transport réduites et réduisent les émissions de GES

- Plusieurs mesures structurelles ont aussi été mises en place incluant le retrait des subventions des combustibles fossiles

Période : jusqu'à 2030

Objectif : le Kenya prévoit une baisse de -30% de ses émissions de GES

Coûts : Plus de 40 milliards de dollars. L’Etat kenyan demande le soutien de la communauté internationale pour l'aider à financer l'ensemble de son plan.

Estimation des rejets de GES : 73 MtCO2 en 2010

Profil des GES :

- 75% sont issus de l’utilisation des terres, du changement de l’utilisation des terres, des activités forestières et du secteur de l’agriculture

- Energie et transport

Coûts : Plus de 40 milliards de dollars. Le Kenya va demander un support international sous forme d’aide financière, d’investissement, de développement et de transfert de technologies afin de mener à bien l’ensemble de son projet.

Objectifs et mesures :

- Élaboration d’une réponse stratégique au changement climatique national (2010) ; d’un plan d’action national sur les changements climatiques (2013), et d’un plan national d’adaptation en préparation.

- Réformes institutionnelles pour améliorer la coordination sur l’adaptation et la mitigation du changement climatique. Ceci inclut la création d’un Conseil national du changement climatique. Il s’agit aussi de la création d’une Direction du changement climatique qui aidera le gouvernement sur les plans et actions nationaux concernant le changement climatique. Il assurera la coordination, et pourra fournir l’assistance technique nécessaire sur les questions de changement climatique aux différents comtés du pays.

- Développer la production d’énergie thermale, solaire et éolienne, ainsi que d’autres options d’énergies renouvelables et propres.

- Développement de l’énergie et des ressources à fort rendement à travers divers secteurs

- Faire progresser la couverture forestière à 10% du territoire kenyan

- Développer les technologies de l’énergie afin de réduire l’importance de l’utilisation des combustibles ligneux

- Développer les systèmes de transports efficaces et qui produisent peu de carbone

- Développer une agriculture intelligente face au climat

- Développer un système de gestion durable des déchets

1 Sources : contributions prévues déterminées au niveau national, World resource institute

2 MtCO2 : mégatonne équivalent en dioxyde de carbone