Au Burundi, le recours à la torture ne fait «aucun doute» pour Amnesty

Un manifestant opposé à un troisième mandat de Pierre Nkurunziza, après son interpellation lors d'une manifestation le 26 mai 2015 à Bujumbura.
© REUTERS/Goran Tomasevic

« Dîtes-moi ce que je dois avouer ». C’est le titre d'un rapport compilant les témoignages recueillis par Amnesty international au Burundi. L’ONG accuse les services de police et le service national de renseignement d’avoir torturé et maltraité des manifestants, des opposants et des journalistes. Et demande aux autorités d’ouvrir des enquêtes sur les faits dénoncés.

Début août, le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme disait avoir recensé « plus de 40 cas de torture et mauvais traitements » au Burundi. Cette fois, c’est l’ONG Amnesty international qui dénonce une recrudescence du recours à la torture dans le contexte de la répression du mouvement d’opposition au troisième mandat de Pierre Nkurunziza.

« Une pratique en augmentation », selon Amnesty

« Pour nous, il n’y a aucun doute qu’il y a eu des cas de torture et des mauvais traitements », pose d’emblée Emilie Serralta, l’auteure du rapport, interrogée par RFI. « Notre impression est que c’est une pratique en augmentation depuis le mois d’avril, contre des manifestants, mais aussi contre des activistes », expose la chercheuse. Emilie Serralta évoque aussi les menaces qui pèsent sur les journalistes, et met en particulier en avant le « cas emblématique » d’Esdras Ndikumana, journaliste correspondant de RFI et de l’Agence France-Presse. Le 2 août dernier, le journaliste a été arrêté par les forces de sécurité gouvernementales alors qu’il faisait son travail. Il a été retenu deux heures, durant lesquelles il a été roué de coups. Il a ensuite dû être hospitalisé. 

Cette situation est d’autant plus problématique, juge Emilie Serralta, que « la torture est prohibée par la Constitution burundaise et par des traités internationaux » dont le Burundi est signataire. Amnesty international réclame donc « un signe fort des autorités burundaises pour qu’ils ouvrent des enquêtes au plus tôt ». Mais ses espoirs sont minces. « Au niveau des autorités, [il n’y a] pas de réponse sur ces questions », regrette-t-elle. « Sur le cas d’Esdras Ndikumana, ils avaient dit qu’ils souhaitaient faire la lumière sur ces questions-là. On n’a toujours pas de réponse. Je doute que l’on en ait. Finalement, il a été soumis au même traitement que des dizaines de personnes jusqu’à ce jour et sur lesquels il n’y a eu aucune enquête ouverte jusqu’à présent. »

Forcé à s'asseoir sur une flaque d'acide

L’un des témoins raconte avoir été frappé à coups de barre de fer, avant qu’un jerrican ne soit attaché à ses testicules pendant plus d’une heure. « Lorsque j’ai repris mes esprits, ils m’ont fait asseoir dans une flaque d’acide pour batterie... La brûlure était atroce », raconte l’homme cité par Amnesty. « Ils m’ont roué de coups. Ils ont utilisé une barre métallique et m’ont infligé des décharges électriques sur l’annulaire », rapporte un autre.

Pour rédiger son rapport publié ce mardi (à lire dans son intégralité, en anglais, à la fin de cet article), la chercheuse a recueilli les témoignages de onze personnes disant avoir été soumises à des tortures et mauvais traitements dans deux lieux distincts, à Bujumbura. L’un étant un centre de police surnommé « Chez Ndadaye », car le palais présidentiel dde l'ancien président burundais Melchior Ndadaye y était situé. Par ailleurs, l’ONG cite deux personnes qui disent avoir été témoins d’actes de tortures sur des codétenus. Amnesty international explique aussi avoir obtenu la confirmation de certains des faits rapportés de la bouche de deux policiers burundais.

Si vous lisez sur l'application mobile : cliquez sur ce lien pour accéder au rapport en intégralité (lien en anglais).