A Kinshasa, les albinos disent: «fièrement Ndundu!»

La clôture de la campagne de Plus de couleurs sera marquée par l’organisation du premier festival des albinos du pays, du 27 au 29 août.
© AFP/STEPHANE DE SAKUTIN

L’association Plus de couleurs a lancé une campagne de sensibilisation pour lutter contre la discrimination faite aux personnes atteintes d’albinisme en République démocratique du Congo et dans le monde. Les albinos de Kinshasa ont décidé de sortir du carcan de la honte en criant « fièrement Ndundu ! » lors du festival qui se tiendra du 27 au 29 août à l’Université protestante au Congo.

Si vous êtes à Kinshasa, dites : « Plus de couleurs ! Fièrement Ndundu ! » C’est la phrase qui fait le buzz actuellement dans les rues de la capitale congolaise. Entendez par là : fier d’être albinos. Tout a débuté le 13 juin 2015. L’Organisation des Nations unies reconnaît la première journée internationale de l'albinisme, dont le but est de sensibiliser le grand public aux difficultés rencontrées par les albinos dans leur vie quotidienne et de lutter contre le rejet qu'ils peuvent parfois subir dans la société.

C’est à l’occasion de cette journée que la coordination du mouvement Plus de couleurs annonçait le lancement de la campagne du même nom, dont la clôture sera marquée par l’organisation du premier festival des albinos de la RDC, du 27 au 29 août. Mais c’est sur le Net que la campagne a explosé à vitesse « grand V » pour atteindre les internautes. Grâce à une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux dans laquelle artistes, musiciens et comédiens congolais s’unissent pour soutenir cette campagne.

Par ailleurs, les internautes kinois ont été invités à prendre des photos avec des albinos de leur milieu et à les publier sur leurs comptes avec la mention « fièrement Ndundu - un albinos, un câlin, une vie ». D’après Yan Mambo, albinos et initiateur de la campagne, « le terme " Plus de couleurs " désigne un monde plus coloré, plus uni ; le monde est une mosaïque où les gens diffèrent par leur couleur de peau, leurs religions, mais ces différences ne doivent pas nous séparer. L’objectif est de lutter pour l’égalité raciale et la défense des minorités. »

« Marche de l’unité et de fraternité »

Conscient que le problème se situe également chez certains albinos, victimes de complexes d’infériorité, Yan Mambo ajoute : « Le combat reste permanent en RD Congo. Mwimba Texas, l’un des aînés qui nous ont précédés dans cette lutte, a combattu depuis des années mais nous nous rendons compte que la discrimination est un fléau mondial. Aucune personne n’est à l’abri de la discrimination. Le plus important pour l’albinos à ce stade, c’est de travailler pour mériter le respect. Il est temps de se prendre en charge et non d’attendre la compassion des autres. »

Le festival sera riche en activités aussi bien scientifiques, ludiques que culturelles. Des expositions des artistes-peintres modélistes mettrons sous les projecteurs les œuvres des albinos. Trois cents femmes et jeunes filles sont également attendues pour suivre un atelier de formation sur l’entreprenariat féminin. L’objectif ? Comment faire de l’albinisme un atout marketing pour réussir un business ?

Une marche baptisée « Marche de l’unité et de fraternité » sera organisée le dernier jour avant de clôturer le festival au rythme de la musique congolaise. Dans le lot des artistes, il y aura Lexxus Legal, le collectif Ndundu (un orchestre d’albinos), N'Kash (un rappeur albinos), Christian Muyoli (l'albinos qui a été la révélation du concours Vodacom Best of the best 2015), Djino Kaporedji (un dissident de Wenge BCBG de Jean-Bedel Mpiana), Paul Le Perc et son groupe Jafrozz, le collectif Kinshasound avec sa ribambelle d’artistes (Mapipo, Sarah Kalume, Ms Becky...).