Soudan du Sud: un accord du bout des lèvres

Un accord fragile a été trouvé au Soudan du Sud, entre les deux éternels rivaux Riek Machar (g.) et Salva Kiir (d.), ce 26 août 2015, à Juba.
© REUTERS/Jok Solomun

Le président Salva Kiir a finalement signé l’accord de paix pour le Soudan du Sud, mercredi après-midi à Juba, avec de nombreuses réserves. Il l'a fait sous les yeux des chefs d'Etat de la région, et sous la pression de l'ONU, qui avait promis des sanctions immédiates si un accord n'était pas trouvé aujourd'hui. Il met ainsi peut-être fin à 18 mois de négociations stériles et à 20 mois de guerre civile sanglante entre les forces gouvernementales et les forces rebelles.

C'est une signature faite sous une forte pression internationale, pour un texte qui pose encore bien des problèmes au gouvernement sud-soudanais. Avant de signer, Salva Kiir a tenu à souligner qu'il le faisait sous la contrainte, en déclarant : « Une paix durable ne peut être construite que sur des négociations équitables, basées sur des compromis et des consensus. Il me semble que ce n’est pas le cas aujourd’hui. »

Le gouvernement sud-soudanais a donc encore des réserves, celles qui avaient poussé Salva Kiir, le 17 août dernier, à quitter les négociations à Addis-Abeba sans signer l'accord de paix. L’accord avait pourtant été accepté par son opposant et chef des rebelles Riek Machar.

Démilitarisation contestée

Le texte, proposé par l'IGAD, l'organe de médiation régional, prévoit une transition de 30 mois, un cessez-le-feu effectif 72 heures après sa signature, et un partage des pouvoirs au sein du nouveau gouvernement. Certaines de ces dispositions n'ont pas été assez discutées, selon le gouvernement du Soudan du Sud, qui compte formuler ses critiques dans un document officiel. Un document qui pourra servir de base à de futures négociations.

Selon le ministre des Affaires étrangères du Soudan du Sud, c’est d’abord la démilitarisation de la capitale, Juba, qui pose problème, ainsi que la structure du futur gouvernement.

Barbana Hassial émet aussi des doutes quant à la viabilité du cessez-le-feu : plusieurs chefs rebelles ont fait défection du mouvement de Riek Machar, et pourraient continuer à attaquer les forces gouvernementales. « 90 % des groupes rebelles ont rejeté [son] leadership. » Il faut noter que dans le gouvernement de transition, Riek Machar reprendrait le poste de vice-président, un poste dont il avait été limogé en 2013, au tout début du conflit. « Le fait que le gouvernement discute avec Riek Machar est le signe que nous avons accepté de travailler avec le mouvement rebelle durant la transition. »

Un conflit qui dure depuis plus de 20 mois

C’est en juillet 2013 que le président Salva Kiir, en poste depuis l’indépendance du Soudan en 2011, limoge celui qui est alors son vice-président, Riek Machar. Quelques mois plus tard, en décembre 2013, il l’accuse d’avoir fomenté un coup d’Etat. Le pays plonge alors dans la guerre, deux ans seulement après la fin d’un conflit de près de 30 ans pour son indépendance.

Des combats éclatent à Juba, la nouvelle capitale, entre les forces gouvernementales et différentes factions rebelles. Ils s’étendront à tout le pays, sur fond de tensions ethniques opposant les Nuers, ethnie de Riek Machar, et les Dinka, ethnie de Salva Kiir. Depuis décembre 2013, pas moins de 7 cessez-le-feu ont été prononcés entre les différents belligérants. Ils n’ont jamais été respectés. Aujourd'hui, les deux camps, qui gardent leurs positions sur le terrain, sont réticents à toute démilitarisation.

Un accord fait pour durer ?

Bien que les accords précédents n’aient jamais été respectés, celui-ci est présenté comme celui de la dernière chance. Ce qui fait la différence cette fois-ci, c'est la mobilisation internationale. L'ONU a promis un embargo sur les armes, et donne jusqu'à mardi à Salva Kiir pour lever ses réserves. De son côté Washington a appelé au respect de l'accord de paix dans sa totalité.

Ces pressions sont motivées par une situation humanitaire de plus en plus alarmante. Le conflit au Soudan du Sud a fait 50 000 morts en moins de deux ans, et les observateurs dénoncent des crimes de guerre atroces, ainsi que l’enrôlement massif d'enfants-soldats.

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