Burundi: l’enquête sur l’agression du correspondant de RFI piétine

Un policier dans une rue de Bujumbura, le 6 juillet 2015.
© AFP PHOTO / Landry NSHIMIYE

L’enquête sur le passage à tabac de notre correspondant au Burundi, Esdras Ndikumama, par des agents du Service national de renseignement, début août, n’a connu aucune avancée depuis que le pouvoir est sorti de son silence.

Il y a deux semaines, dans un communiqué, la présidence avait indiqué que le chef de l'Etat avait « personnellement instruit l'administrateur général des services de renseignement de déterminer d'urgence les circonstances de ces actes d'un autre âge afin que les auteurs soient poursuivis et châtiés conformément à la loi ». Mais de source sécuritaire, aucune arrestation n'a eu lieu.

Et cela inquiète Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de Reporter sans frontières (RSF) : « Après le traitement extrêmement violent qu’a subi Esdras Ndikumana, le correspondant de RFI et de l’AFP, et des engagements qui ont été pris par la présidence de poursuivre et de châtier conformément à la loi les auteurs de ces crimes, il est quand même très surprenant qu’aucune arrestation n’ait été faite, qu’aucun procès ou aucune procédure judiciaire n’ait été amorcée. D’autant plus que de toutes les informations concordantes récoltées, Esdras a été battu par des agents du Service des renseignements. » Les personnes incriminées sont donc forcément connues, ce qui pousse RSF à demander à ce que les actes suivent les paroles, et que « des convocations, des interrogatoires et éventuellement à des arrestations » aient lieu.

Quid des journalistes « moins connus » ?

Mais l’ONG de défense de la liberté de la presse s’alarme, par là même, de l’impunité qui règne dans le pays vis-à-vis des violences et intimidations perpétrées contre les journalistes. « On parle ici d’un journaliste qui était connu et reconnu, travaillant pour les deux médias francophones les mieux établis, et même cela ne l’a pas mis à l’abri des sévices, poursuit Cléa Kahn-Sriber. Donc on peut imaginer le sort qui peut être réservé aux journalistes qui sont moins connus que lui, les journalistes burundais qui travaillent au quotidien dans le pays. » Ceux qui ne sont pas en exil se trouvent ainsi dans une situation plus que délicate.

Pas plus tard que mardi, dans la nuit, RSF a appris que le correspondant de Bonesha FM, dans la province de Muyinga, avait vu son domicile encerclé par une dizaine de policiers qui étaient restés toute la nuit pour perquisitionner une maison, soi-disant à la recherche d’armes. « Le journaliste était rentré la veille même de son exil au Rwanda pour tenter de reprendre son activité. » Une énième illustration du climat délétère qui règne pour la presse au Burundi.