Nigeria: 500 jours après, les lycéennes de Chibok toujours détenues

Un jeune militant du collectif #BringBackOurGirls, à Abuja, lors d'une manifestation, le 21 août 2015.
© REUTERS/Afolabi Sotunde

Le 14 avril 2014 des jihadistes faisaient irruption au lycée de Chibok, dans l'Etat de Borno, berceau au nord du Nigeria du mouvement Boko Haram qui a depuis mars prêté allégeance au groupe Etat islamique. En tout, 276 jeunes filles qui se préparaient à passer leurs examens ont été enlevées ce jour-là. Après une forte mobilisation internationale pour leur libération, les proches de ces « lycéennes de Chibok » s'apprêtent à commémorer ce jeudi le 500e jour de leur enlèvement par Boko Haram. 57 d'entre elles ont réussi à s'échapper, mais le sort des 219 autres est encore incertain.

Leur dernière apparition remonte à mai 2014. Habillées de longs voiles noirs, dans une vidéo diffusée par Boko Haram, un mois après leur enlèvement. Le chef des jihadistes nigérians, qui depuis a prêté allégeance au groupe Etat islamique, n'a jamais caché le sort qu'il entendait réserver aux lycéennes de Chibok: « j'ai kidnappé vos filles et je les vendrai sur le marché », s'exclamait Abubakar Shekau dans une autre vidéo, précisant que celles qui avaient accepté de se convertir à l'islam allaient être mariées a des combattants.

Ces images ont immédiatement suscité une vague d'indignation internationale. Autour du slogan #BringBackOurGirls, des centaines de célébrités dont Michele Obama ou Angelina Jolie exigeaient leur libération sans succès, mais poussant les États occidentaux à offrir au Nigeria un soutien sécuritaire.

Mariées de force

500 jours après leur enlèvement, les autorités assurent les avoir localisées dans la forêt de Sambissa. Plusieurs jeunes filles de Chibok auraient en effet été croisées cet endroit, un des bastions de la branche ouest-africaine du groupe Etat islamique. Selon ces témoins, certaines de ces adolescentes auraient été mariées de force à des insurgés. D'autres seraient entrainées et utilisées dans des attaques du groupe armé. La plupart de ces témoignages recoupent le travail d'Amnesty international sur l'insurrection dans le nord-est du Nigeria.

Mais les autorités expliquent qu'une opération militaire pourrait mettre leur vie en danger. Résultat: aucune des 257 filles de Chibok n'a encore été libérée par l'armée de leur pays. Leurs proches, qui, chaque jour, manifestent à Abuja dénoncent aujourd'hui l'inaction de l'ancien président Goodluck Jonhatan et la corruption des militaires et de l'administration nigériane. Sur les 276 lycéennes enlevées, seules 57 sont parvenues à s'échapper, mais le sort des 219 autres est toujours inconnu aujourd'hui.

Marche de soutien

Ce jour symbolique, le collectif #BringBackOurGirls organise une nouvelle fois une marche de soutien autour des 219 lycéennes de Chibok, toujours en captivité quelque part au Nigeria. C'est le coeur serré que les parents de lycéennes de Chibok vont donc s'élancer ce jeudi matin pour une marche dans les rues d'Abuja. 500 jours que ces familles de l'Etat du Borno attendent des signes de vie de leurs enfants. Selon un proche des victimes, 14 proches des jeunes filles sont morts de peine. Tandis que tous les autres se raccrochent aux témoignages de personnes rescapées des mains des ex-Boko Haram.

Pour ces 57 lycéennes qui ont pu s'extraire de la vigilance des ex Boko Haram les fortunes sont d'ailleurs diverses. Certaines sont rejetées par leurs familles à cause de grossesse suite à des viols répétés en détention. D'autres sont prises en charge dans des programmes universitaires, au Nigeria ou à l'étranger. Toutes caressent l'espoir de retrouver saines et sauves un maximum de leurs camarades du lycée de Chibok.
Toujours en captivité depuis 500 jours.

Marck Heenock est le père d'une de ces filles enlevées. Ce pasteur, dont l'église a été brûlée par Boko Haram, vit maintenant à Abuja. Il est sans nouvelles de sa fille Monica, âgée de 20 ans. Très en colère contre l'ancien président nigérian Goodluck Jonathan, il garde confiance dans le nouveau, Muhammadu Buhari.

Comme on a trouvé notre gouvernement maintenant, je prie qu'il ait le courage pour ramener notre fille.
Interview
27-08-2015