#BringBackOurGirls: marches au Nigeria pour ne pas oublier

La marche des familles des lycéennes de Chibok s'est poursuivie par une veillée, jeudi 27 août à Abuja.
© REUTERS/Afolabi Sotunde

Le Nigeria marquait aujourd'hui le 500e jour de l'enlèvement des 276 lycéennes de Chibok par Boko Haram dans le nord-est du Nigeria. À Abuja et à Lagos, certaines familles des jeunes filles kidnappées ont manifesté pour demander leur libération à des autorités nigérianes très critiquées.

Leur enlèvement avait suscité une importante mobilisation internationale sous le nom de #BringBackOurGirls [#RendezNousNosFilles]. Mais 500 jours plus tard, les lycéennes de Chibok restent introuvables. Le mouvement a organisé ce jeudi une marche de soutien dans la capitale Abuja et un autre rassemblement à Lagos. A chaque fois, pas plus de 150 personnes se sont déplacées, selon notre correspondant.  Pour les portes paroles du mouvement, l'essentiel était ailleurs. Il fallait avant tout être visible en cette 500e journée de captivité. Les deux marches l'ont été, avec des cortèges de rouge vêtus.

Débutée en fin d'après-midi, la marche d'Abuja s'est terminée ce soir par une veillée aux chandelles et des prières oecuméniques. Deux images fortes sont peut être à retenir de cette journée symbolique : un imam et un cardinal défilant dans les rues d'Abuja accrochés l'un à l'autre.

Entre tristesse et colère

Yemi Adamolekun est l'une des organisatrices de cette manifestation. Selon elle, 500 jours après l'enlèvement des lycéennes, les familles restent mobilisées, même si « entre l’enlèvement des filles et aujourd’hui, 17 de leurs parents sont morts. Nous avons pensé qu’il était important de rappeler à l’opinion que cette histoire concerne aussi les parents. »

Des familles qui oscillent entre tristesse et colère. Les liens avec le pouvoir ont en effet été assez tendus depuis le début de l’affaire, et longtemps, les familles ont critiqué l’inaction des autorités. Sur les 276 lycéennes kidnappées à Chibok, 57 se sont échappées, mais aucune n'a été libérée par l'armée nigériane.

Selon Yemi Adamolekun, l’espoir est néanmoins revenu avec le départ de Goodluck Jonathan. « Depuis l’enlèvement, le paysage politique a changé, explique-t-elle. Sous l’ancienne administration, nous avons essayé de rencontrer l’ancien président à trois reprises. Mais à chaque fois, nous avons été reçus par la police, des soldats, ou des canons à eau. Cela nous laissait penser que cette administration ne souhaitait pas nous rencontrer. En revanche, sous la nouvelle administration, nous avons pu être reçus par le président Buhari, le 8 juillet dernier. »

Mais hier, le Président n'a pas reçu de délégation. Son chef d'Etat Major non plus. Pas questions pour eux de donner de faux espoirs. D'autant que l'armée nigériane intensifie
les bombardement aériens sur la forêt de Sambissa. La zone où de nombreux personnes disent avoir vu en détention certaines des filles du lycée de Chibok.

« Nous n’arrêterons jamais »

Cette marche a pour objectif, selon elle, de montrer la détermination des familles de lycéennes enlevées. « Nous n’arrêterons jamais de demander le retour de nos filles, insiste-t-elle, jusqu’à ce qu’elles reviennent. L’autre possibilité, c’est que le gouvernement dise : "nous avons cherché dans la forêt de Sambissa, nous sommes allés partout dans le nord-est du pays. Boko Haram a été détruit, et pourtant, nous n’avons pas pu trouver les filles". Cela serait le seul autre résultat qui pourrait mettre un terme à notre mouvement. »

La dernière apparition des lycéennes de Chibok remonte à mai 2014, dans une vidéo de Boko Haram, où elles apparaissaient intégralement voilées. Abubakar Shekau, le chef de ces jihadistes, avait promis de vendre en esclave sur les marchés celles qui avaient refusé la conversion à l'islam et de marier les autres à des combattants de ce groupe, devenu depuis mars la branche ouest-africaine du groupe Etat islamique.

→ À (RE)LIRE : Zoom sur l’enlèvement des lycéennes de Chibok

Tweett posté lors d'une veillée à Abuja, à l'issue de la marche