Burundi: sous pression, Bujumbura veut diversifier ses partenariats

Policiers à Bujumbura.
© AFP PHOTO / MARCO LONGARI

C'est via Twitter que la présidence du Burundi a annoncé la signature d'un accord de coopération économique et commerciale entre le Burundi et la Turquie. Puisque ses partenaires traditionnels occidentaux ont suspendu - ou menacé de suspendre - leur coopération en raison du processus electoral contesté, Bujumbura cherche donc à diversifier ses partenariats.

Ca commence par Ankara. Mais d'autres capitales vont suivre, promet un officiel burundais. Cet accord avec la Turquie dont RFI a reçu copie prévoit de faciliter les échanges commerciaux entre les deux pays, notamment par l'échange d'informations, des invitations réciproques, l'organisation d'expositions et la création d'une commission d'économie mixte.

C'est une société de télécoms basée en Turquie, ITS, qui a d'ores et déjà obtenu le contrat pour l'installation, l'exploitation des réseaux et services destinés à gérer la totalité du trafic téléphonique et satellitaire en provenance ou à destination de l'étranger. Pas de détails sur le montant de ce contrat. « Il n'y a pas que les pays occidentaux, même si on espère qu'ils vont revenir sur leur décision », indique cet officiel burundais, indiquant que la Russie, la Chine, l'Egypte - entre autres - qui avaient félicité le président Nkurunziza pour sa réélection ne verraient aucune objection à accroitre leurs relations commerciales avec le Burundi.

« Le problème, c'est qu'en dehors du café, le Burundi est surtout importateur. Il produit peu et a besoin d'énormément de devises pour payer les importations et notamment le carburant », explique un opérateur économique local qui redoute une inflation galopante et des pénuries dans les mois qui viennent . « Sans compter qu'il leur sera de plus en plus difficile payer les salaires », poursuit-il. « Depuis des mois, on nous promet le pire, mais l'Etat fonctionne et les gens vivent normalement et ca va continuer », assure néanmoins un proche du régime.


Au Burundi, l'opposition harcelée

Le Cnared proteste contre le harcèlement de ses membres. Le Cnared, c'est la nouvelle plateforme opposée au troisième mandat de Pierre Nkurunziza. Celle-ci est composée d'anciens du régime, d'opposants et de responsables de la société civile. Cette semaine, deux de ses membres ont connu des déboires : l'ancien porte-parole du parti au pouvoir Onesime Nduwimana, qui vit aujourd'hui en exil, a été retenu à l'aéroport de Bruxelles jeudi 27 août, et l'hôtel du président du Frodebu Nyakuri, Jean Minani, où il vit habituellement a été investi par la police.

Pour le porte-parole du Cnared, Pancrace Cimpaye, ce harcèlement met en péril de futures négociations entre le régime et sa plateforme : « Nous protestons vivement que l’hôtel de l’honorable Jean Minani qui est un conseiller envoyé spécial du président du Cnared soit attaqué. Ils ont encerclé son hôtel. Ils ont vandalisé parce qu’ils ont forcé les portes pour rentrer croyant que le docteur Jean Minani était à l’intérieur. Mais il n’était pas là. »

Par ailleurs, continue la Cnared, « nous protestons une fois de plus contre l’incident que l’honorable Onesime Nduwimana a dû subir à l’aéroport de Bruxelles, jeudi. C’est peut-être une liste noire qui a été donnée par le gouvernement de Bujumbura. On a signalé que son passeport devait être saisi. Alors il a été présenté comme un criminel. Mais vérification faite, on a trouvé que c’était pour des mobiles fallacieux politiques. La protestation est d’autant plus grande que toutes ces mesures sont faites par un gouvernement illégal. »

« Nous prenons à témoin la communauté internationale contre ce harcèlement de ce membre de la Cnared, lance encore Pancrace Cimpaye, alors que précisément le Cnared a comme option de tendre la main au pouvoir de facto de Bujumbura afin qu’on puisse discuter que ce harcèlement est de nature à ne pas faciliter honorablement les négociations de sortie de Nkurunziza. »