Cameroun: double attentat-suicide dans l'Extrême-Nord

Un double attentat-suicide a fait au moins 19 morts à Kerawa, dans l'extrême-nord du Cameroun.
© Reinnier KAZE / AFP

Après cinq semaines d'accalmie, l'Extrême-Nord du Cameroun a renoué avec les attentats-suicides jeudi 3 septembre. C'est la localité de Kerawa, située à un jet de pierre de la frontière nigériane, qui a été frappée. Un double attentat-suicide sur le marché puis dans le centre de santé a fait 19 morts et 141 blessés, selon les autorités. Ce double attentat coïncide avec l'installation progressive de la Force mixte multinationale, dont les chefs se sont réunis jeudi à Fotokol pour saluer notamment la prise de Gambaru par les forces nigérianes, qui ont donc fait jonction avec les contingents camerounais et tchadiens.

Un double attentat-suicide a frappé jeudi matin la localité de Kerawa, située sur la frontière entre le Nigeria et le Cameroun dans la région de l’Extrême-Nord . Deux kamikazes se sont fait exploser. L’un au marché et l’autre quelques minutes plus tard au centre de santé où étaient accueillis les blessés du premier attentat. Le deuxième kamikaze se serait fait passer pour un blessé. Un bilan provisoire fait état de 19 morts et de 141 blessés.

Kerawa est l'un des villages les plus exposés aux attaques du groupe Etat islamique en Afrique de l'Ouest. La colline qui domine la localité est située en territoire nigérian et derrière elle, les jihadistes disposent de plusieurs bases. Il y a quelques mois encore, ce sont des hommes armés qui arrivaient de cette direction. Désormais, ce sont des kamikazes.

La menace a changé de nature. Elle est plus difficilement contrôlable. Jeudi, un premier kamikaze s'est fait exploser au marché, provoquant un mouvement de panique. Les blessés ont été conduits au centre de soins situé aux portes du camp militaire. Parmi eux, un autre kamikaze se faisant passer pour une victime a actionné son engin à quelques mètres de l'infirmerie.

Notons que Kerawa est situé à quatre kilomètres d’une importante base du groupe Etat islamique en Afrique de l’Ouest, ex-Boko Haram, située en territoire nigérian.

Après cinq semaines d'accalmie, le Nord-Cameroun renoue avec les attentats-suicides. La capitale régionale Maroua a été sanctuarisée, mais les localités situées sur la frontière restent exposées. Cette double attaque-suicide coïncide avec l'arrivée des troupes nigérianes dans la région de Gambaru et Fotokol, un peu plus au Nord. Jeudi, les responsables militaires nigérians, camerounais et tchadiens ont tenu une réunion sous l'égide de la Force mixte multinationale, pour mettre en place le nouveau dispositif sécuritaire. 

Ce n'est pas une réactivation mais plutôt un acte de désespoir. Ils sont en train de livrer une bataille perdue...
Issa Bakary Tchiroma
04-09-2015 - Par Olivier Rogez


Kerawa, dernière localité camerounaise à la frontière nigériane

Kerawa, ville martyr située à la frontière avec le Nigeria, avait par le passé fait l’objet plusieurs fois du harcèlement des jihadistes. L’organisation Etat islamique en Afrique de l’Ouest, ex-Boko Haram, tenait de l’autre côté de la frontière une de ses positions, de laquelle elle lançait ses incursions sur le Cameroun.

La fréquence particulièrement soutenue des attaques dans cette localité avait, d’une part, fini par contraindre les populations à déserter la ville, mais aussi obligé les forces défense camerounaises à y établir un camp militaire. Kerawa vivait donc depuis des mois au ralenti, jusqu’au retour récent des pluies qui, peu à peu, ont ramené les riverains qui pratiquent des activités agricoles et pastorales.

De plus, en cette veille de rentrée scolaire, l’effervescence a redoublé d’intensité dans la localité et le marché périodique qui s’y tient tous les jeudis avait rouvert ses portes. C’est dans ce contexte que le groupe Etat islamique en Afrique de l’Ouest a de nouveau frappé, perpétrant l’un de ses plus violents attentats en terre camerounaise. Entre Fotokol, Maroua et aujourd’hui Kerawa, ces attentats ont déjà coûté la vie à une centaine de personnes et fait plusieurs centaines de blessés.

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