Où vont les Erythréens, deuxième contingent de réfugiés en Europe?

En Ethiopie, des réfugiés érythréens dans le camp d’Adi Harush.
© © Reuters/Aaron Maasho

Selon l'ONU, cette année environ 4 000 Erythréens ont fui leur pays chaque mois. L'Europe est leur destination privilégiée. L'an dernier, le vieux continent en a accueilli plus de 37 000. Ils représentent le deuxième contingent de réfugiés qui arrivent en Europe derrière les Syriens. Mais la situation est contrastée. Certains pays comme la Suède et l'Allemagne sont très accueillants, d'autres comme la Norvège ou le Royaume-Uni veulent restreindre l'afflux.

La Suède est le pays d'Europe qui accueille le plus massivement les migrants érythréens. La tradition remonte aux années 1970, elle ne s'est pas démentie depuis. Juste derrière, l'Allemagne, la Suisse et les Pays-Bas sont les terres d'asile privilégiées des réfugiés érythréens. D'une façon globale, l'Europe est souple. L'ONU estime que l'asile leur est accordé dans plus de 80 % des cas. En 2014, plus de 37 000 Erythréens sont ainsi arrivés dans les 38 pays d'Europe.

Mais depuis deux ans une tendance inquiétante apparaît. Le Royaume-Uni et la Norvège ont ainsi durci les conditions d'octroi de l’asile, au point de provoquer l'inquiétude des Nations unies. Un ministre norvégien est sous le feu des critiques pour s'être rendu en Erythrée afin de négocier un accord de rapatriement des réfugiés. Des responsables britanniques et anglais ont effectué le même type de démarche.

L'ONU redoute que ces pays ne proposent à Asmara une aide financière contre un renforcement des contrôles aux frontières. Depuis que Londres a durci les conditions d'asile, le taux de refus est passé pour les Erythréens de 13 % à 23 %. Les réfugiés n'étant pas rapatriés, ils tombent ainsi dans l'illégalité.

La Libye, enfer des migrants

Le père Mussie Zerai est un prêtre érythréen installé en Europe. Depuis plus de dix ans, il maintient un contact téléphonique avec ses compatriotes qui fuient leur pays natal, par le Soudan et la Libye. Il raconte le calvaire vécu par les Erythréens au milieu du chaos libyen.

Il explique que les réfugiés érythréens qui prennent le risque de mourir en mer ne fuient pas seulement la dictature chez eux, mais aussi le sort qui leur est réservé en Libye. « La plupart du temps, les appels de détresse que je reçois proviennent de gens sur la mer Méditerranée. Mais j'en reçois aussi beaucoup qui proviennent de centres de détention en Libye, souligne-t-il, et cela depuis 2003. Le traitement qui leur est infligé là-bas est vraiment terrible. La majorité d'entre eux est kidnappée par des groupes de trafiquants, mais aussi par des soldats et des miliciens, surtout depuis la révolution. La situation a empiré pour les réfugiés dans le pays. Ils sont battus. Les femmes sont victimes d'abus sexuels, de mauvais traitements. C'est le cas aussi pour les mineurs non accompagnés. Tout le monde doit payer pour être libéré des centres de détention entre 700 et 1 000 dollars par personne. Ces gens fuient l'Erythrée, certes, mais aussi le Soudan puis la Libye. »

Il appelle les pays européens à ouvrir des voies légales pour les fugitifs, seul moyen selon lui de mettre fin aux naufrages dramatiques. « Le conseil que nous n'arrêtons pas de donner à l'Union européenne est le suivant : si vraiment vous voulez combattre les trafiquants d'êtres humains en Libye, au Soudan ou en Egypte, vous devez ouvrir des voies d'accès légales à l'Europe pour y demander l'asile, insiste-t-il. Sinon, il est impossible de combattre ces trafiquants. Il faut ouvrir des corridors humanitaires, des voies d'accès sécurisées, donner des visas aux demandeurs d'asile, faciliter le regroupement familial. Mais on peut aussi suivre la piste de l'argent des trafiquants. Car les vrais trafiquants sont à Dubaï, au Caire, à Tripoli ou à Khartoum. Et ils amassent leur argent sans courir aucun risque. »


 ■ L’Ethiopie, première étape sur la route de l’exil

Des centaines d'Erythréens qui fuient le régime dictatorial d'Asmara arrivent chaque jour en Ethiopie. La plupart ne s'y attardent pas. Ce pays n'est qu'une étape sur la route de l'Europe, du Moyen-Orient ou de l'Afrique du Sud.

A la frontière érythréenne, dans le nord de l'Ethiopie, la crue de la rivière Mareb, gonflée par la saison des pluies, ne les a pas arrêtés, et le centre de transit d'Endabaguna ne désemplit pas. Plus de 400 réfugiés érythréens sont arrivés ici au cours des deux derniers jours. Ils sont de plus en plus nombreux à fuir leur pays, constate le directeur du centre Sahle Teklemariam. « Le nombre augmente chaque année. En ce moment, malgré la saison des pluies, nous continuons à recevoir beaucoup de réfugiés, rapporte-t-il. Ce n'était pas le cas les autres années. Entre 100 et 120 personnes arrivent ici tous les jours. Avant les pluies, c'était 200 ou 300. Et nous en attendons encore davantage. »

Ces Erythréens, dont certains portent encore leur uniforme militaire, comme Solomon, fuient la pauvreté, la dictature et le service national forcé et illimité. « En Erythrée, on n'a pas d'autre liberté que de vivre comme des esclaves, explique-t-il. Tout le monde doit être étudiant ou soldat. Rien d'autre. »

L'Ethiopie les héberge dans des camps gérés par l'ONU. Mais la plupart ne s'y attardent pas ou seulement le temps de trouver l'argent pour payer les passeurs. Tous les réfugiés rencontrés disent vouloir aller en Allemagne, au Canada, en Angleterre ou en Suisse. Là où ils peuvent compter sur une diaspora bien implantée.