Procès Habré: le système décrit dans les 200 pages d’acte d’accusation

L'ancien président tchadien Hissène Habré lors de son procès à Dakar, Sénégal.
© AFP PHOTO / SEYLLOU

La lecture de l'acte d'accusation envers Hissène Habré, entamée lundi devant les Chambres africaines extraordinaires se poursuit donc ce mardi à Dakar, lors du procès de l'ancien président tchadien jugé pour des crimes de guerre, crimes contre l'humanité et tortures.

Hissène Habré était déjà à sa place lorsque la Chambre s’est présentée à 9h15, heure de Dakar. Le prévenu, dans sa traditionnelle tenue blanche, la tête entièrement recouverte de son turban et de ses lunettes de soleil, n’a pas dit un mot, n’a pas jeté un regard lorsque ses avocats commis d’office sont venus s’installer à ses côtés.

Comme il l’a prévu, Hissène Habré qui ne reconnaît pas cette Chambre extraordinaire se veut invisible, inexistant. Mais pour les victimes, sa présence est une première victoire. Et Hissène Habré n’a pas le choix, il doit écouter les greffiers lire l’acte d’accusation : 196 pages dans lesquelles sont consignés témoignages, notes d’experts, articles de presse. Jacqueline Moudeïna, l’un des avocats des victimes, l’a dit : « Cette lecture est d’une importance considérable. Hissène Habré a tout entendu, l’horreur des crimes, les détails sur son système de répression ».

Cette ordonnance de mise en accusation est en effet une liste sans fin d’actes commis pendant le règne de Hissène Habré, entre 1982 et 1990. Des arrestations des membres de communauté Hadjaraï et Zaghawa, les opposants, les détenus morts de faim en prison, les exécutions massives, les tortures quotidiennes. Un exemple de témoignage d’un prisonnier détenu dans les locaux de la Direction de la documentation et de la sécurité, la DDS : « Nous étions couchés sur le ventre, les mains attachées dans le dos avec les pieds ; ils utilisaient l’électricité. Nos conditions de vie étaient inhumaines ».

La cour va ainsi chercher à démontrer que l’ancien chef de l’Etat était le cerveau de cette répression. « Ce sont des faits concrets dont aura à répondre l’accusé », indiquent les parties civiles. Des faits résumés par cette phrase de l’acte d’accusation : « Avec Hissène Habré, même une mouche ne pouvait être écrasée sans son ordre ».