Birmanie: les Rohingyas écartés des législatives de novembre

Une militante birmane de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), le parti de Aung San Suu Kyi, lors d'un meeting le 5 septembre.
© REUTERS/Soe Zeya Tun

La campagne électorale a commencé, en Birmanie, où plus de 6 000 candidats se présentent aux élections législatives du 8 novembre 2015 pour renouveler deux Chambres nationales et quatorze Parlements régionaux. Mais si le président birman a promis des élections libres et régulières, les Rohingyas, minorités musulmanes, sont quasiment empêchés de participer à la vie politique.

A deux mois du scrutin, les candidatures d’au moins 28 hommes politiques musulmans ont été invalidées par la commission électorale. Dix-sept des dix-huit candidats d’un seul parti musulman ont été disqualifiés. Le motif invoqué est lié à leur nationalité : en Birmanie, pour se présenter aux législatives, il faut en effet être de nationalité birmane et avoir ses deux parents de nationalité birmane au moment de sa naissance. Les candidatures rejetées concernent en fait des hommes politiques de l’ethnie musulmane Rohingya. Le gouvernement birman les considère comme des étrangers, des immigrés illégaux bangladais. Et beaucoup sont donc, de fait, apatrides.

Des élus empêchés de se représenter

Cette exclusion des candidats musulmans est d’autant plus surprenante que l’un de ces candidats recalés est actuellement député, et siège au Parlement. « C’est ridicule », a réagi Shwe Maung, élu musulman Rohingya, qui s’étonne d’être disqualifié alors qu’il est actuellement député au Parlement national et que sa candidature n’avait posé aucun problème il y a cinq ans.

Cette exclusion des musulmans de la vie politique en Birmanie s’explique par la très forte pression exercée par des groupes extrémistes bouddhistes. Farouchement antimusulmans, ils sont très populaires. Et c’est dans un contexte de montée du nationalisme birman bouddhiste que la commission électorale a écarté beaucoup de candidats musulmans.

L'opposition, aussi, sous pression des extrêmistes bouddhistes

Outre les candidats, une partie de l’électorat musulman est lui aussi exclu du scrutin. Là encore, il s’agit de la minorité rohingya. Environ un million de personnes, qui vivent dans l’ouest du pays depuis l’indépendance de la Birmanie en 1948, et ont toujours pu voter aux élections. Mais cette année, le chemin des urnes leur sera sans doute barré. En juin, le Parlement birman a en effet décidé de retirer les papiers d’identité provisoires que détenaient les Rohingyas. Une décision prise, là encore, sous la pression des extrémistes bouddhistes. Et sans ces papiers, les Rohingyas ne devraient pas pouvoir voter.

Cette mise à l’écart des musulmans de la vie politique concerne aussi le principal parti d’opposition, la Ligue nationale pour la démocratie de l’opposante Aung San Suu Kyi, critiquée par le Dalaï Lama pour son silence sur la situation des Rohingyas. Des membres musulmans du parti se sont plaints du fait qu’aucun candidat musulman à la candidature n’a été retenu par les instances dirigeantes du parti.

La direction se défend de toute sélection sur critère religieux. Mais en Birmanie, pour séduire l’électorat bouddhiste majoritaire et alors que les extrémistes bouddhistes accusent ceux qui défendent les droits des minorités musulmanes de ne pas être suffisamment patriotes, il ne faut donner aucun signe de soutien à la communauté musulmane.

Aung San Suu Kyi lors d'un meeting de la Ligue nationale pour la démocratie, le 6 septembre dans l'Etat de Shan, en Birmanie. © REUTERS/Soe Zeya Tun