Au Burundi, l'enquête piétine après un nouvel assassinat d'opposant

Un policier patrouille dans les rues de Bujumbura, la capitale du Burundi, fin juillet 2015. [nid:500517967]
© REUTERS/Mike Hutchings

Qui a tué Patrice Gahungu ? Le porte-parole du parti d'opposition Union pour la paix et la démocratie (UPD) au Burundi a été attaqué alors qu'il rentrait chez lui à Gihosha, l'un des quartiers de Bujumbura, dans la nuit de lundi à mardi. Cet énième assassinat d'une personnalité politique depuis le début de la crise est le deuxième pour ce parti. Son président Zedi Feruzi avait été lui aussi assassiné en mai dernier. La police dit avoir ouvert une enquête et rechercher d'éventuels témoins de l'attaque contre l'opposant, mais les accusations fusent déjà.

La police devrait interroger ce mercredi la femme de Patrice Gahungu et les voisins. Objectif affiché : trouver d'éventuels témoins et en savoir plus sur le contexte de l'assassinat du porte-parole de l'UPD. Le porte-parole adjoint de la police précise que l'attaque a eu lieu alors qu'il faisait nuit noire et que les responsables ont pris la fuite immédiatement.

Officiellement, aucune piste n'est privilégiée mais un haut responsable de la police a déclaré mardi à RFI ne pas exclure que le coup vienne « de l'opposition armée ». Patrice Gahungu aurait, explique-t-il, « félicité le président de la République pour sa réélection », ce qui aurait pu lui attirer l'ire de l'opposition. Faux, répond son parti. « Ce sont des rumeurs qui circulaient sur internet », explique sa secrétaire générale Marina Barampama. Le porte-parole lui-même l'avait démenti dans un communiqué le 5 septembre.

L'opposition fuit Bujumbura

Marina Barampama est donc en quelque sorte la rescapée de ce parti, la seule parmi les hauts cadres à rester à Bujumbura. « Au mois de mai, on a tué le président du parti [Union pour la paix et la démocratie, ndlr], Zedi Feruzi. Il y a le président d'honneur qui a aussi été intimidé, tout comme le secrétaire exécutif du parti. Ici [à Bujumbura], on restait à deux, le porte-parole et moi en tant que secrétaire générale, et on a tué le porte-parole. »

La secrétaire générale estime aujourd'hui que sa vie est directement menacée. « Ça fait vraiment peur pour notre vie et pour la vie de nos familles. Aujourd'hui, on ne se sent pas libre, parce qu'il y a des voitures pour vous suivre, on a des coups de fil, des messages anonymes juste pour nous intimider, nous faire peur et nous faire taire. Ça fait mal, c'est la honte pour notre pays. » 

Pour Marina Barampama, la priorité aujourd'hui, « c'est que la communauté internationale nous aide à ce que le dialogue puisse avoir lieu. C'est le seul moyen que nous avons maintenant afin que la paix puisse régner dans notre pays. »

Menaces

Selon ses proches, Patrice Gahungu avait été régulièrement menacé, notamment à cause de ses appels à manifester et de ses prises de position publique. Selon l'UPD, il avait aussi évoqué la semaine dernière des coups de fil lui demandant de retirer sa plainte devant le Comité contre la torture.

Le cas de Patrice Gahungu a été examiné et tranché tout récemment devant cet organe onusien. Le porte-parole de l'UPD accusait des agents du service national des renseignements de l'avoir torturé en 2010. A la question de savoir si cela pourrait avoir un lien, le Comité contre la torture dit se refuser pour le moment à tout commentaire.

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