Procès Hissène Habré: la stratégie du silence

Caricature d'Hissène Habré réalisée par le dessinateur burkinabè Damien Glez au début du procès en juillet 2015.
© Damien Glez

Ce mardi 8 septembre avait lieu la deuxième journée du procès d’Hissène Habré à Dakar. L’ancien président est notamment jugé pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre durant son règne sur le Tchad entre 1982 et 1990. Le procès a donc véritablement commencé avec la lecture de l’acte d’accusation. Et si lundi, Hissène Habré s’est permis de critiquer la cour, il a désormais choisi de se taire.

Pas un mot, pas un geste. Hissène Habré joue l’homme invisible. Un choix qui n’a pas de sens pour les avocats des victimes. « Manifestement il y a une enquête qui a été faite. Vous allez voir qu’il y a des experts qui vont dire que c’est un homme très bien, qu’il y a des victimes qui vont dire que c’est un homme très bien. Mais si Habré se cantonne dans le silence, s’il ne fait pas valoir ses moyens de défense, qu’il ne vienne pas après se plaindre de ce qu’on n’a pas entendu », estime Me Beauthier.

Les plus frustrés par cette stratégie du silence, ce sont les avocats commis d’office d’Hissène Habré. « Je la trouve dommage, ce dossier est défendable, assure Mbaye Sène. M. Habré bénéficie de la présomption d’innocence. Nous savons les conditions dans lesquelles il a été poursuivi. Nous les dénoncerons. »

Stratégie de la défaite ?

Pour Clément Abaïfouta, le président de l’association des victimes d’Hissène Habré, la stratégie choisie par l’ancien président est celle de la défaite. « Sa stratégie ne paye pas en ce sens que ça n’empêche pas que le processus suive son cours, note-t-il. Notre satisfaction, c’est qu’il est resté et qu’il a entendu toutes les accusations. Je crois que ça, c’est vraiment une victoire pour nous. »

S’il est resté silencieux pendant la lecture de l’acte d’accusation, Hissène Habré ne restera peut-être pas de marbre lors de son interrogatoire de personnalité.