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Côte d'Ivoire

1990-2015: les 25 ans de la basilique de Yamoussoukro

De tous les endroits de Yamoussoukro on peut apercevoir la coupole blanche et majestueuse de la basilique Notre-Dame de la Paix.
© RFI / Matthieu Millecamps

La basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro, consacrée par le Pape Jean-Paul II le 10 septembre 1990, célèbre le 25e anniversaire de sa construction. D’un coût total estimé à 40 milliards de francs CFA, l’édifice, financé par l’ancien président Félix Houphouët-Boigny, est devenu aujourd’hui un centre de tourisme et de pèlerinage qui attire tous les ans des milliers de visiteurs. Retour avec son architecte Pierre Fakhoury sur les conditions de réalisation de l’édifice et les controverses qui l’ont accompagnée.

On l’appelle la « Basilique de la savane ». Cette église aux proportions gigantesques, s’élève au cœur de la végétation environnante, à Yamoussoukro, à 248 km d’Abidjan, au cœur du pays baoulé. Du haut de ses 158 mètres, l’édifice surplombe la cité bucolique, un peu endormie. Il dépasse en dimensions Saint-Pierre de Rome qui lui a servi de modèle, surtout pour sa coupole de 90 mètres de diamètre et de 60 mètres de hauteur, surmontée d’une croix en or massif. Consacrée il y a vingt-cinq ans par le pape Jean-Paul II en personne, en présence d’un parterre de 200 000 personnes, la basilique a été ouverte au culte l’année suivante. Elle est devenue depuis un lieu de pèlerinage très prisé.

La construction de ce lieu de culte pas comme les autres reste associée au nom du président Félix Houphouët-Boigny, son commanditaire. Fervent catholique, l'ancien président ivoirien qui a régné sans partage sur son pays trente-trois années durant (1960-1993), souhaitait exprimer sa reconnaissance à la Vierge pour la Côte d’Ivoire, longtemps considérée comme un havre de paix et de prospérité dans la sous-région. Il avait lui-même choisi l’emplacement, avec l’idée de faire de Yamoussoukro, son village natal, la capitale politique et administrative de son pays, chose qui est d’ailleurs en train dse faire aujourd’hui, alors qu’Abidjan demeure toujours la capitale économique de la Côte d’Ivoire.

Un prénom prédestiné

Pierre Fakhoury, architecte de la basilique de Yamoussoukro © AFP

L’architecte de la basilique Pierre Fakhoury choisi par le « Vieux » en personne, n’a rien oublié de la formidable aventure que fut la construction de cet édifice étonnant qui témoigne de la vanité d’un président tout-puissant. L’homme voulait rendre hommage à son Dieu et, par là même, se perpétuer dans la mémoire de son peuple. Celui-ci oubliera peut-être un jour qu’il fut un autocrate à poigne  pour ne se rappeler que sa légende de bâtisseur. « Et peut-être aussi son inébranlable foi religieuse et spirituelle », ajoute l’architecte.

Il se souvient de la toute première conversation qu’il avait eue avec le commanditaire présidentiel et qui portait précisément sur les questions de la foi et de l’appartenance religieuse. « Fakhoury, tu ne serais pas musulman, avec un nom comme ça ? », lui avait demandé le président, avant de signer le document officiel confiant la conception et la maîtrise d’œuvre à cet Ivoirien d’origine libanaise et architecte mondialement reconnu. Et la réponse fusa. « Je ne crois pas en Dieu, mais puis-je vous rappeler, monsieur le président, que je m’appelle Pierre ! » Un prénom prédestiné qui finit par emporter la conviction.

D’ailleurs, il faut croire que, dans l’esprit de l’ancien président ivoirien, il fallait être un bon catholique pour mener à bien une entreprise aussi giganteque ! En effet, le projet dont il fit part à son architecte dès le premier jour de leur rencontre n’était rien moins que pharaonique! Le président en avait rêvé, Pierre Fakhoury le fera, respectant à la virgule près le désir présidentiel. 

Construire le plus grand édifice religieux de l’Afrique, tel était mon cahier de charge
Pierre Fakhoury, architecte de la basilique de Yamoussoukro

« Construire le plus grand édifice religieux de l’Afrique, tel était mon cahier de charge », se souvient l’architecte. Bâtie sur une surface de 130 hectares qui a nécessité 800 000 m3 de terrassement, la basilique peut accueillir 200 000 personnes, dont 7 000 à l’intérieur et le reste sur l’esplanade et sous les gigantesques colonnes sculptées de son péristyle. On accède au parvis par une allée de marbre longue de 1 km qui traverse 37 hectares de jardins à la française. A l’intérieur aussi, le sol est recouvert de marbre importé d’Italie, d’Espagne et du Portugal.

Autre merveille, les trente-six vitraux immenses, illustrant différents thèmes tels que la paix symbolisée par une colombe aux ailes déployées, qui ornent les murs. Réalisés en France par des maîtres-vitriers, ils constituent la plus grande surface de vitraux au monde. En tout, la basilique possède 8 400 m2 de vitraux, dont l’un, consacré à l’entrée de Jésus à Jérusalem, immortalise le président-mécène se tenant humblement aux côtés du Christ.

Le poids total de l’édifice est estimé à 98 000 tonnes pour une hauteur de 158 m. La structure est soutenue par une triple colonnade de 48 colonnes doriques et 12 colonnes ioniques représentant les douze apôtres. A cette colonnade intérieure correspondent les 128 colonnes jalonnant l’esplanade extérieure. Enfin, les travaux ont mobilisé 1500 ouvriers et 24 entreprises nationales et internationales entre 1986 et 1989. La construction fut achevée en un temps record pour que le président vieillissant pût y prier avant de mourir. Houphouët-Boigny est d’ailleurs décédé quatre ans après l’achèvement des travaux de la basilique, à l’âge de 88 ans.

Controverses

Estimé à quelque 300 millions d’euros, le coût de la construction aurait fait tiquer plus d’un. Même le Vatican a exigé qu’une partie de l’argent soit utilisée pour des œuvres sociales. Pendant la construction de l'édifice, des Ivoiriens étaient même descendus dans la rue au cri de « Nous voulons plus d’usines et moins d’églises ». L'opération paraissait d’autant plus scandaleuse que les catholiques ne représentent que 22% de la population ivoirienne (sur un total de 36% de chrétiens).

Aujourd’hui, la basilique dédiée à Notre-Dame de la Paix est une immense fierté nationale pour les Ivoiriens. C’est sans doute sa popularité croissante qui pousse Pierre Fakhoury à écarter d’un revers de main dédaigneux la question du coût exorbitant de la construction, rappelant que le projet avait été financé sur les deniers personnels du président Houphouët-Boigny. Il rappelle aussi que tout n’a pas été dit et écrit sur la réalisation et la gestion de ce projet.

Or, cela ne tient qu'à lui, l'architecte, de raconter l’inédit, lui qui était à l’origine de la basilique. L’homme, 72 ans,  promet de s’y mettre quand il pourra souffler un peu entre les différents projets architecturaux à travers le monde qu’il continue de piloter. Il promet aussi de répondre à la question qui brûle toutes les lèvres en cette journée d’anniversaire : « Le pape Jean-Paul II avait-il vraiment appelé Houphouët-Boigny à contenir l’ambition de son architecte de vouloir dépasser en hauteur Saint-Pierre de Rome, référence catholique pour « les siècles des siècles » ? »

Vidéo de présentation de la basilique de Yamoussoukro

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