Le Parcours des mondes des arts premiers, de l’Afrique à l’Asie

Masque de danse, Yup'ik Eskimo, Hooper Bay, Alaska, début du 20e siècle. Exposée au Parcours des Mondes par Donald Ellis Gallery.
© Siegfried Forster / RFI

C’est parti pour une 14e édition du Parcours des mondes, le plus grand rendez-vous mondial des arts premiers. Jusqu’au dimanche 13 septembre, 84 galeries transforment Paris en capitale de l’art, avec des amateurs, collectionneurs et marchands d’art tribal venus du monde entier qui se pressent dans les rues de Saint-Germain-des-Prés pour admirer, vendre et acheter des milliers d’œuvres d’art. Au-delà de l’Afrique, de l’Océanie et des Amériques, le Parcours des mondes s’affiche pour la première fois aussi en tant que Salon international des arts asiatiques.

Vous voulez découvrir les arts magiques malgaches, une statue des Mambila du Cameroun ou une plaque de couronne en écaille de tortue des îles Marquises ? Avec ses drapeaux orange qui animent les ruelles du quartier de Saint-Germain-des-Prés, le Parcours des mondes vous met sur le bon chemin.

C’était les arts premiers africains qui dominaient jusqu’ici l’offre dans la majorité des 84 galeries spécialisées participantes. L’édition 2015 est pour la première fois dédiée aussi aux arts asiatiques. Jacques How-Choong se trouve parmi les 25 galeristes qui ont saisi l’occasion de participer enfin à ce prestigieux rendez-vous. L’antiquaire bruxellois, spécialisé en art chinois et himalayen, a emmené une pièce rarissime dont il existe seulement quelques exemplaires dans les musées : une statue en bronze de bodhisattva qui vient du petit royaume de Dali qui existait entre le 11e et le 13e siècle et qui réunit des influences indiennes, tibétaines et d’Asie du Sud-Est. Plusieurs collectionneurs se sont déjà intéressés à cette merveille mise à prix à un peu plus de 100 000 euros. « Le Parcours des mondes attire beaucoup de monde et nous avons ainsi accès à une autre clientèle qu’à Bruxelles. J’espère que cela marchera bien. »

Bientôt une semaine asiatique parisienne ?

C’est Pierre Moos, le directeur général du Parcours qui a ouvert les portes pour la Chine, l’Inde, le Tibet, le Japon et l’Indonésie. Un changement de cap après des années de succès avec toujours plus de collectionneurs et des prix qui n’arrêtent pas de grimper à cause de la rareté de l’offre.

Est-ce que le centre d’intérêt s’est déplacé vers l’Asie ? « Non, ce n’est pas une opportunité économique, répond Moos, mais cela faisait sens dans la mesure où l’on parle du Parcours des mondes et que nous n’avions pas abordé l’Asie. D’autant plus qu’il existe des semaines asiatiques à New York et Londres et que Paris brillait par son absence. Nous essayons de faire venir les collectionneurs d’Asie et peut-être de créer la Semaine asiatique parisienne. »

Entretemps, la fascination pour les arts premiers ne se dément pas et le regard occidental sur les arts premiers africains continue à changer avec des prix records. En juin dernier, un masque double baoulé avait trouvé preneur chez Sotheby’s à 5,4 millions d’euros et une figure de reliquaire kota du Gabon pratiquement pour le même prix chez Christie’s.

Pierre Moos se montre plutôt agacé que ces ventes spectaculaires captent la quasi-totalité de l’attention du grand public. « Ce n’est un secret pour personne que c’est le Qatar qui achète des œuvres à ce prix-là pour son musée. Ce qui est terrible avec ces prix, c’est qu’on ne parle que de ces prix. Mais il y a des pièces à tous les prix. On peut encore trouver des chefs d’œuvres en art premier à 20 000 ou 50 000 euros… »

Masque Nymawezi, première moitié du 20e siècle, bois, polychrome, cuir. Exposée au Parcours des Mondes par Galerie Afrique. © Siegfried Forster / RFI

La découverte des arts de la Tanzanie

Bien entendu, au Parcours des mondes, l’année dernière, des collectionneurs avaient aussi acheté des pièces pour trois et quatre millions d’euros, mais l’esprit de ce rendez-vous unique au monde exige de ne pas afficher les prix. Il est surtout porté par les passions pour ces œuvres d’art qui ont traversé des siècles et des continents.

Cette année, la Galerie Afrique nous fait découvrir les arts de la Tanzanie à des prix relativement abordables entre 500 et 25 000 euros. 172 objets représentatifs des principaux centres de styles de la Tanzanie, des pièces rassemblées en Afrique et dans des collections privées depuis quarante ans: des sculptures, des masques, des chapeaux, des totems d’une culture vénérée en Allemagne, mais restée longtemps méconnue en France, malgré le fait que le grand peintre et sculpteur allemand Georg Baselitz se soit fortement inspiré de cet art si spécifique des Sukuma, une tribu dans le nord-ouest de la Tanzanie. « En France, cet art n’a pas fait objet d’une exposition. Nous avons voulu combler cette lacune, remarque Alain Dufour, expert en art africain. Baselitz était très sensible à l’art des Sukuma. Nous avons quelques exemplaires représentés ici. C’est un art assez brut, mais à côté de cet art brut, il y a aussi des sculptures extrêmement raffinées, par exemple chez les Nymawezi. »

L’art contemporain au Parcours des mondes

Pour la deuxième fois, l’art contemporain a droit de cité au sein de ce Parcours normalement exclusivement réservé aux arts premiers. Le galeriste Robert Vallois a même été couronné président d’honneur de cette 13e édition tout en exposant des œuvres d’art contemporain de jeunes artistes béninois.

En privé, il est grand collectionneur d’art africain, en particulier Lega : « c’est toute une peuplade du Congo, particulièrement intéressante. Un peuple évolué qui a su surmonter les pires misères ». L’année dernière, Robert Vallois avait fait mouche avec une commande d’œuvres autour de Mickey, cette année, il nous présente King, 24 ans, qui nous déroute avec ses sculptures africaines sous forme de totems en céramiques japonaises.

Il y aussi Legba, une figure mosaïque en mousse expansée d’Edwige Aplogan dotée d’un regard plein d’étonnements et un phallus bien coloré qui nous renvoie à la mémoire de l’esclavage. Ce qui réunit ces œuvres iconoclastes ? « Tout cela ce sont mes artistes », résume Robert Vallois.

Edwige Aplogan, « Un Legba », 78x41x44 cm. Sculpture exposée à la galerie Robert Vallois. © Siegfried Forster / RFI

Le marché des arts premiers est en très bonne santé.

Pierre Moos, directeur général du Parcours des mondes
10-09-2015 - Par Siegfried Forster

► Parcours des mondes, salon international des arts premiers et des arts asiatiques, du 8 au 13 septembre, Paris, Saint-Germain-des-Prés.

 

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.