Le galeriste Robert Vallois, président d’honneur du Parcours des mondes

L'antiquaire Robert Vallois dans son bureau au-dessus de sa galerie rue de Seine à Paris.
© Siegfried Forster / RFI

Qu’est-ce qui distingue un bon galeriste ? « L’amour, l’œil et un peu de moyens ». Robert Vallois nous reçoit dans son bureau au-dessus d’une de ses galeries rue de Seine, à Saint-Germain-des-Prés, le quartier général des antiquaires à Paris. À 77 ans, «Bob» a introduit l’art contemporain dans le Parcours des mondes, le plus prestigieux rendez-vous mondial des arts premiers qui se tient encore jusqu’au dimanche 13 septembre. Collectionneur passionné d’art africain, il est aussi mécène du Centre d’Art qui vient d’ouvrir ses portes à Cotonou au Bénin. Entretien.

RFI : Vous êtes président d’honneur du Parcours des Mondes 2015. Est-ce que c’est la récompense pour avoir introduit l’art contemporain au Parcours des mondes ?

Robert Vallois : C’est un peu plus compliqué. On m’a nommé président d’honneur pour mon soutien de l’Afrique. J’ai commencé à collectionner l’art africain, parce que je suis dans le quartier de l’art africain. Ici, quand on ouvre les yeux, on s’y intéresse. Ensuite, je me suis ouvert sur l’art contemporain africain, spécialement sur le Bénin et j’expose des artistes du Bénin depuis quatre ans. Avec l’ensemble des galeries du quartier, on a aussi construit un centre d’art au Bénin.

Quelles qualités faut-il avoir pour être un bon collectionneur et galeriste ?

L’amour, l’œil et un peu de moyens. Mais on peut être collectionneur avec de petits moyens. Il y a de tout dans ce métier. Vous pouvez acheter de l’art africain à 100 euros, à 500 euros, mais aussi à 500 000 euros ou à 5 millions d’euros. Il faut choisir. Il faut avoir l’œil et l’envie.

Vous êtes très actif dans l’art contemporain, néanmoins vous êtes aussi un collectionneur de l’art africain ancien. L’art ancien et l’art contemporain exigent-ils les mêmes qualités de la part des collectionneurs et galeristes ?

Les arts premiers sont quand même beaucoup plus compliqués. L’art contemporain est plus facile. Les artistes sont vivants et on parle avec eux. On sait ce qu’ils font, pourquoi, quand et comment ils le font. Pour l’art africain ancien, il faut avoir certaines connaissances, mais les marchands sont là pour vous apprendre.

Vous êtes né en 1938 à Paris. Vous avez fondé votre première galerie en 1971 dans le domaine de l’art déco. Comment êtes-vous venu à l’art africain ?

Par contacts. Par osmose avec le quartier. Je suis entouré de marchands d’art africain. Je ne peux pas ne pas regarder ce qui se passe autour de moi.

Ce n’était pas après avoir fait des voyages en Afrique ?

Absolument pas. J’ai fait mes premiers voyages en Afrique, il y a cinq ans, quand je me suis occupé du Bénin.

Vous avez aussi une réputation de grand collectionneur d’art africain, surtout des Lega.

Les Lega, c’est toute une peuplade du Congo, particulièrement intéressante. Un peuple évolué qui a su surmonter les pires misères. Je suis effectivement collectionneur d’art lega.

Deux masques de la Collection Robert Vallois. Masque Idimu Lega, RDC. Bois, kaolin, barbe de fibres végétales. Fin 19e, début 20e siècle. Masque Antilope Kayemba Lega. RDC, bois, kaolin, fin 19e, début 20e siècle. © Vincent Girier Dufournier

Pourquoi est-ce que vous vous êtes engagé au Bénin, un pays qui grouille déjà d’initiatives dans l’art contemporain ?

Le Bénin est le Saint-Germain-des-Prés de l’Afrique. C’est un pays d’intellectuels. Depuis le 16e siècle, cela a toujours été un pays d’intellectuels et ça continue. C’est un tout petit pays, assez pauvre, sans richesses gigantesques, mais avec un pouvoir intellectuel absolument formidable.

Vous êtes également mécène du Centre d’art de Lobozounkpa à Cotonou qui a ouvert ses portes en 2015. Qu’est-ce qu’on voit sur ces 4 000 mètres carrés ?

C’est très simple. D’abord, on a commencé avec une école maternelle pour 140 enfants. On a donné cette école à la commune où nous sommes. Ensuite, ils nous ont donné un terrain et on a construit le Centre d’art qu’on a inauguré il y a cinq mois. Maintenant, on leur construit en plus un Petit Musée des Récades, les emblèmes royaux du Bénin.

La direction artistique du Centre d’art est assurée par le plasticien béninois Dominique Zinkpè. Quel est son rôle ?

Dominique Zinkpè est un artiste béninois bien connu et qui est en plus directeur du Centre d’art. C'est-à-dire il reçoit les artistes et il sélectionne les artistes. On est ouvert sur plein de choses. Par exemple, on a fait un partenariat avec l’école des Beaux-arts de Dijon. Ils nous envoient des élèves, on leur renvoie des élèves. Il y a des milliers de choses à faire. Il y a tout à faire. Et on le fait.

Dans votre galerie parisienne, vous montrez actuellement les œuvres de King, un artiste franco-béninois qui ne présente pas des sculptures traditionnelles, mais de la céramique, des vases sous influence du Japon et tout à fait étonnantes pour un artiste d’origine africaine.

Je m’intéresse au Bénin, aux jeunes artistes. King a 28 ans, c’est un garçon formidable qui est parti au Japon pour apprendre l’art de la céramique traditionnelle. Là, je montre pour la première fois ses œuvres à Paris.

Vous soulignez aussi les parallèles entre la vision spirituelle de la céramique japonaise et la culture animiste de son héritage africain.

Je pense que cela ressort nettement quand on voit ses vases qui sont plutôt des sculptures. On sent l’influence africaine et l’influence japonaise.

Votre goût est très éclectique quand on pense que vous exposez dans votre deuxième galerie des artistes béninois autour du thème de la mémoire de l’Esclavage.

Tout cela, ce sont mes artistes. Le Bénin était un pays qui a envoyé des esclaves absolument partout : Cuba, Brésil, etc. Cette année, c’est La Route des Esclaves, une manifestation organisée par l’Unesco à laquelle on a participé. Car tous nos artistes se sentent concernés par l’esclavage ancien, mais aussi par l’esclavage d’aujourd’hui.

Avec Niko Dalongeville on est confronté à L’Arbre de l’oubli. Benjamin Deguenon a intitulé sa sculpture faite de téléphones portables Allo ! Allo ! Allooooooooooooooo !!!

Chez Dalongeville, c’est l’homme enchaîné, prisonnier de tout. Avec Deguenon, on découvre l’esclavage par la technologie. Quand on voit ces centaines de téléphones portables, on est aussi un peu l’esclave, même si c’est moins grave.  

Parcours des mondes, salon international des arts premiers et des arts asiatiques, du 8 au 13 septembre, Paris, Saint-Germain-des-Prés.
 
► Les sculptures et tableaux de l’exposition La Mémoire de l’Esclavage sont présentés à la Galerie Vallois jusqu’au 3 octobre.