Webdocumentaire: les PME avenir du développement en Afrique?

Basée à Madagascar, la société IOT a développé l'aqualculture des concombres de mer.
© Joan Bardeletti

RFI soutient le projet « Les Grands Moyens », une série webdocumentaire destinée à mieux faire connaître le monde des PME africaines, un secteur quasi absent dans les médias. L’auteur, Joan Bardeletti, estime que c’est pourtant là que bat le cœur économique du continent.

Montrer une vision différente de l’Afrique et de son économie, tel était le but que s’étaient fixé il y a deux ans Joan Bardelleti et ses partenaires quand ils se sont lancés dans le projet « Les Grands Moyens », une série de webdocumentaires destinés à montrer comment les petites et moyennes entreprises (PME) africaines favorisent le développement du continent. Joan, diplômé de Centrale et ancien ingénieur reconverti à la photo, vient de passer pratiquement dix ans en Afrique et il s’est assez vite rendu compte que l’économie du continent se trouvait, selon ses propres termes, « dans un no man’s land journalistique et iconographique ».

« Quand on montre l’Afrique dans les médias, argumente-t-il, il y a énormément de sujets sur les extrêmes : la pauvreté, la guerre ou la corruption. Mais il y a assez peu de choses sur l’entre-deux et l’humain, alors que c’est ce qui est en train de changer à vitesse accélérée, en ce moment, en Afrique ». Ce que Joan appelle « l’entre-deux », c’est cette Afrique du milieu, cette classe moyenne émergente qui représente entre 200 et 300 millions de personnes dans un continent où encore 75% des gens vivent en dessous du seuil de pauvreté (c'est-à-dire avec moins de 2 dollars US par jour) et où les riches représentent entre 1 et 2% de la population.

Une Afrique méconnue

Au Nigeria, la bien nommée Wecyclers collecte les déchets et les recycle. © Joan Bardeletti

« Quand on pense économie en Afrique, poursuit Joan, on pense en général « microcrédit » parce que quelqu’un comme Muhammad Yunus l’a démocratisé et l’a rendu visible. Ou alors on pense aux multinationales qui s’implantent et qui, en général, paient très peu d’impôts sur place. Mais on ne parle pas de l’entre-deux. C’est un domaine qui n’est pas assez documenté et notamment en Afrique. Une entreprise africaine, explique-t-il, on ne sait pas trop à quoi ça ressemble ».

Pour montrer cette Afrique-là, dynamique et méconnue, Joan Bardeletti, a tourné cinq sujets de 10 minutes chacun consacrés à une PME installée dans cinq pays différents (Bénin, Madagascar, Mauritanie, Nigeria, Sénégal) et travaillant dans des secteurs d’activité variés. Cela va d’une entreprise agroalimentaire spécialisée dans la volaille à une PME qui pratique l’aquaculture du concombre de mer, à une autre qui fournit de l’électricité grâce à l’énergie solaire. Egalement au générique : une entreprise de recyclage de déchets et une société dédiée au suivi médical des femmes et des enfants.

« Les critères, précise l'auteur, c’était que ce soient des entreprises entre 10 et 120 salariés, dirigées par un Africain ou une personne locale, dans des pays très différents et dans des secteurs aussi très différents ». Pour les trouver, il s’est appuyé sur les partenaires du projet, l’Agence Française de développement, Proparco ainsi qu’Investisseurs et Partenaires, des organismes qui travaillent avec des PME en Afrique. Le travail a été long (15 jours de tournage mais plusieurs mois de préparation pour chaque sujet) et rigoureux.

Montrer la réalité

Grâce à ses panneaux solaires, la société CDS fournit de l'electricité en milieu rural en Mauritanie. © Joan Bardeletti

L'ex-Centralien s’en explique : « C’était un peu contraignant pour les entrepreneurs, car ils devaient nous laisser un accès quasi-total à leur mode d’activité et à leurs pratiques. On a même fait, précise-t-il, des compléments d’enquête avec des journalistes locaux afin de vérifier si ce qu’ils nous disaient (les chefs d'entreprise ndlr) reflétait bien la réalité, notamment en matière de pollution ou de concurrence illégale ». Le résultat est extrêmement satisfaisant avec des personnages très représentatifs et aussi une très belle qualité d’image et des graphiques en incrustation qui aident à planter l’aspect économique du décor.

« Ces webdocs sont un plaidoyer pour faire passer le message que ce sont les PME qui font progresser le développement. On vise les experts, les investisseurs », répond Joan lorsqu’on lui demande à qui son travail est destiné en priorité. « Même aux gens qui connaissent bien l’Afrique, on ne propose souvent, soutient-il, que des contenus analytiques, des données globales, des taux de croissance, des rendements, des retours sur investissement. Nous, on voulait leur montrer qu’une PME, c’est tout un écosystème qui influe sur une communauté ». « Mais on veut parler aussi au grand public, renchérit-il. Montrer une vision différente de l’Afrique et de son économie ». Mission accomplie, au vu de ces cinq webdocumentaires.

Voir le webdocumentaire (cliquez sur l'image ou, si elle n'affiche pas, sur le lien)

Présentation du projet Les grands moyens