«Beauté Congo»: Rigobert Nimi touche les étoiles

« La Cité des étoiles » (315 x 306 x 306 cm), une vision du sculpteur maquettiste congolais Rigobert Nimi, exposée à la Fondation Cartier, Paris.
© Siegfried Forster / RFI

Ce mercredi 16 septembre RFI consacre une journée spéciale à « Beauté Congo », avec des émissions en direct de la Fondation Cartier, à Paris. L’exposition dont RFI est partenaire raconte la fabuleuse histoire de l’art congolais. Parmi les 300 œuvres trône « La Cité des étoiles », une vision futuriste de trois mètres de haut du sculpteur maquettiste congolais Rigobert Nimi. Entretien.

RFI : Dès l’âge de 13 ans, vous avez fabriqué vos premières maquettes en matériaux de récupération et on vous a surnommé « L’Ingénieur ». En quoi consiste votre génie ?

Rigobert Nimi : C’est en rapport avec ce que je fais, c'est lié à la technologie. J’aime réaliser des choses qui ont un rapport avec l’industrie et les machines. Dans la plupart de mes œuvres, on voit cet aspect-là. C’est cela qui touche les gens. C’est pour cela qu’on m’appelle « L’Ingénieur ».

Vous êtes né en 1965 à Tshiela, une province du Bas-Congo. Exposer aujourd’hui à Paris, à la Fondation Cartier, qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Tshiela est ma ville natale, une ville de province de la RDC. C’est un milieu rural que j’ai quitté à l’âge de 5 ans pour m’installer à Kinshasa. Etre aujourd’hui à la Fondation Cartier est un grand plaisir, parce que cela n’arrive pas à tout le monde d’exposer lors d'un tel événement consacré à la culture de mon pays. On est là pour faire lui faire honneur.

Vous avez réalisé méticuleusement des maquettes de motos, de voitures, de trains, d’avions. Ici, on est devant votre Cité des étoiles, une installation en aluminium et plastique avec des composants électriques, des lumières qui s’allument et des éléments qui bougent. Un artiste est-ce forcément quelqu’un qui veut et qui peut attraper les étoiles ?

Dans la vraie vie, c’est impossible d’attraper les étoiles. Par contre, dans notre imagination, c’est possible. Le titre est emprunté aux centres spatiaux qui lancent les fusées et les astronautes. Dans l’imaginaire, tout peut se réaliser.

En bas de votre œuvre, on voit les astronautes qui tournent autour, mais en haut, qui sont ces créatures qui s’apprêtent à s’envoler ?

Nous, les artistes, ne sommes pas contraints de réaliser à travers nos œuvres la réalité. Parfois, il faut montrer aux gens des choses qui n’existent pas dans la réalité. L’engin spatial qui tourne autour est là pour attirer l’attention des gens. La coupole en haut donne l’impression d’un engin prêt à être lancé avec des petits bonhommes en forme d’extraterrestres.

Vous étiez ouvrier sur un chantier naval avant d’utiliser pour vos maquettes des planches en métal, en aluminium, en plastique… Comment un simple ouvrier devient-il artiste ?

Je travaillais dans une société métallurgique pendant quatre ans. Le métier que j’avais appris à l’école était lié à la métallurgie générale. J’ai donc manipulé des machines-outils pour fabriquer des pièces métalliques. L’art est arrivé après. Mais ce que je fais aujourd’hui vient surtout de mon enfance : la créativité, les maquettes… Comme il n’y a aucune école chez nous pour apprendre à faire de telles maquettes, j’étais contraint de faire des études techniques. Aujourd’hui, quand vous regardez La Cité des étoiles, vous voyez qu’il s’agit d’une pièce métallique avec des mouvements mécaniques.

Il n’y avait pas d’écoles pour réaliser de telles maquettes, mais il y avait un maître, Bodys Isek Kingelez, décédé en 2015, à l’âge de 67 ans, à Kinshasa. Dans l’exposition, il y a une des célèbres Villes fantômes de Kingelez juste à côté de votre Cité des étoiles. Est-ce que c’est lui votre grand maître ?

Kingelez fut un grand sculpteur de maquettes en carton. Personnellement, je l’ai connu et rencontré à travers la collection d’un grand collectionneur. Kingelez était grand dans son art, son style. Moi, je fais l’architecture en métal. Chacun a la maîtrise de son style et de son art. Vu ce qu’il a fait, Kingelez était vraiment quelqu’un qui avait de la valeur pour notre société et notre pays.

Il y a beaucoup d’artistes congolais qui sont présentés dans l’exposition Beauté Congo. Est-ce qu’il y a des artistes qui vous ont influencé ?

Les influences ne manquent pas, mais ce que je fais, je ne l’ai appris chez personne. C’était un don. Mais il y a des artistes qui m’ont inspiré par leur façon de travailler.

Quelle est aujourd’hui votre réalité en tant qu’artiste à Kinshasa ?

Dans notre pays, les artistes plasticiens, peintres, sculpteurs ont des problèmes sérieux. Nous ne trouvons pas d’espaces pour nous exprimer. Un artiste congolais, je dirais même africain, a des difficultés à s’exprimer.

Aujourd’hui, la réputation ou le succès d’un artiste congolais passe toujours par l’Europe ?

Oui, pour la plupart des artistes. L’Europe apporte beaucoup aux artistes. L’Europe joue un rôle très important.

Avec la nouvelle Biennale Yango, avez-vous le sentiment que Kinshasa est devenu un peu le laboratoire de l’art contemporain en Afrique ?

Kinshasa a une place, le Congo a une place dans l’art africain. Rien qu’en voyant cet événement Beauté Congo, avec toutes les œuvres exposées ici, on se rend compte que notre culture est vraiment porteuse de valeurs.

Le maquettiste-sculpteur congolais Rigobert Nimi à côté de son oeuvre « La Cité des étoiles », exposée à la Fondation Cartier, Paris. © Lumento / Thomas Salva

► Accéder à tous les articles sur l’exposition Beauté Congo
► Le programme de la journée spécial Beauté Congo sur RFI, le mercredi 19 septembre

Beauté Congo, 1926-2015, Congo Kitoko, exposition du 11 juillet au 15 novembre 2015 à la Fondation Cartier, Paris.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.