Procès Habré: incident lors de l’audition d’un témoin

Hissène Habré salue à la sortie de son interrogatoire préliminaire à son procès, à Dakar, le 3 juin 2015.
© AFP PHOTO / SEYLLOU

A Dakar, la capitale sénégalaise, se poursuit le procès de Hissène Habré, l’ancien dirigeant tchadien. Depuis lundi, la cour entend un témoin clé, Mahamat Hassan Abakar, qui était président de la Commission d'enquête sur les crimes de l'ancien régime tchadien. Mais alors qu’il était à la barre, le témoin a été pris à partie par un homme dans la salle.

Avec notre correspondant à Dakar, Guillaume Thibault

Cette audition a effectivement été perturbée par un partisan de Hissène Habré présent dans la salle. Ce mercredi 16 septembre au matin, interrogé par les avocats des victimes, le témoin a affirmé une fois de plus que Hissène Habré était, d’après lui, le cerveau de la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS). « Cet organe de répression était sa chose à lui », a notamment déclaré Mahamat Hassan Abakar.

Les avocats commis d’office qui défendent Hissène Habré ont ensuite débuté leur contre-interrogatoire : « Monsieur le témoin, vous décrivez des prisonniers libérés dans un état piteux. Qu’est-ce qui nous prouve que ce n’est pas un conte de fées ? » Pas de réponse de Mahamat Hassan Abakar. L’avocat poursuit : « Je sens de la haine dans vos déclarations ». « Il n’y a pas de haine dans mes propos », affirme Mahamat Hassan Abakar.

Nouvelle relance de l’avocat : « Vous affirmez que les ordres de la DDS venaient directement de la présidence. Avez-vous des preuves ? ». Le témoin reprend alors des extraits des auditions d’anciens directeurs de la DDS faites par la commission d’enquête. L’avocat conclut : « Vous avez des preuves intuitives et subjectives. »

Une voix résonne alors dans la salle : « Menteur, Menteur ! » Le président fait venir ce jeune homme qui crie à la barre. Il est Tchadien, étudiant. Il répète au président de la cour ses accusations : « L’histoire du Tchad est manipulée ici. Ce Monsieur est en train de mentir. » Le président déclare alors : « Ce n’est pas à vous de le juger, de dire qu’il ment. » Après concertations avec les juges, il poursuit : «La cour vous inculpe pour trouble à l’audience. » L'homme a été condamné à cinq mois de prison ferme avant que l'audition du temoin ne reprenne.