Burkina Faso : journalistes et liberté de la presse menacés

Selon des témoins, le RSP tire à balles réelles dans les rues de Ouaguadougou, au Burkina Faso.
© REUTERS/Joe Penney

Depuis le début du coup d'Etat au Burkina Faso, les journalistes, plusieurs fois brutalisés par les putschistes, ont du mal à faire leur travail. Plusieurs médias ont été visés, des radios attaquées, empêchées d'émettre. Certains décident de se mettre en grève, d'autre de se rabattre sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter afin de diffuser leurs reportages.

Jeudi, les émissions FM de Radio France Internationale et de la radio privée Omega ont été coupées. Le directeur de cette dernière, Alpha Barry, expliquait alors que cet arrêt était lié à l’irruption dans les locaux de la station de membres du RSP, les militaires du régiment de sécurité présidentiel. Alpha Barry affirme également que des journalistes ont été menacés de mort s’ils poursuivaient leurs programmes.

Abdoulaye Diallo directeur du centre de presse Norbert-Zongo est donc particulièrement inquiet. Le constat est alarmant : « La situation des journalistes est très difficile depuis le début de ce coup d’Etat. D’abord plusieurs médias ont été attaqués. La radio Omega FM a été attaquée. Des motos ont été incendiées. A la télévision BF1, des journalistes ont été bastonnés. D’autres radios ont connu le même sort. »

La résistance de la presse s’organise, en témoigne le mouvement de protestation lancé par les radios. Abdoulaye Diallo nous explique le lancement de la grève : « Toutes les radios ont donc décidé de se lancer dans un mouvement de grève donc on a arrêté d’émettre parce que comme ils tirent à balles réelles, il est difficile pour les journalistes de faire leur travail. »

Les journalistes directement visés par les putschistes

Pour le directeur du centre de presse Norbert-Zongo, il est clair que les journalistes sont sciemment visés par les putschistes. « Par exemple, quand on voit l’attaque de la radio Omega, c’est presque parce qu’il s’agit d’une radio que le peuple suit. On se souvient que lors de l’insurrection, c’était la radio de l’insurrection. Je pense que c’est pour prévenir que les putschistes s’en sont pris à cette radio là. »

Abdoulaye Diallo s’inquiète donc pour l’avenir de la profession. « La liberté de la presse est très menacée au Burkina Faso avec ce qui se passe. Evidemment lorsqu’on fait un coup d’Etat comme ça, on n’a pas envie que les gens parlent. Et comme le peuple est mobilisé et qu’il y a de la résistance, si les médias doivent rendre compte, ils sont obligés d’en parler, de relayer l’information que le peuple résiste, si un journaliste est obligé d’en parler, il prend aussi un risque. »

Pour l’heure, les putschistes ont décrété un couvre-feu nocturne, ainsi que la fermeture des frontières terrestres et aériennes.

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