Burkina: de Ouaga à Bobo-Dioulasso, la rue debout contre le putsch

A Ouagadougou, les manifestations ont dressé des barricades et incendié des pneus dans les rues, vendredi 18 septembre 2015.
© RFI/Yaya Boudani

Un peu partout au Burkina Faso, les populations refusent le coup d’Etat mené par le général Diendéré et son groupe de militaires du Régiment de sécurité présidentielle. Courses poursuites, tirs pour disperser les manifestants… Vendredi, la tension n’est pas retombée et la mobilisation dans les rues ne faiblit pas.

Depuis l'annonce du coup de force, les journées se suivent et se ressemblent à Ouagadougou. Plusieurs quartiers ont connu une journée mouvementée vendredi. A l'ouest de la ville, dans les quartiers Hamdalaye, Larlé et Gounghin, les jeunes ont dressé des barricades, allumés des pneus sur la voie publique. A Gounghin, non loin du camp militaire du général Aboubacar Sangoulé Lamizana, les manifestants ont bloqué le passage aux usagers de la route. « Nous avons appris que le président Kafando a été libéré, mais si nous ne le voyons pas, nous n'allons pas cesser de manifester », lance Ousmane Ouedraogo, un manifestant.

« Nous ne sommes pas contents du comportement des soldats du RSP. Nous ne sommes pas contents de ce qu'ils ont fait au président Kafando et au Premier ministre Zida », déclare Sana Abdoul Razac. A l'est de Ouagadougou, ce sont les quartiers Zogona, Zone 1, Dassasgho ou encore Karpala qui ont donné du fil à retordre aux hommes du général Gilbert Diendéré. Les courses poursuites ont duré toute la journée sous un soleil de plomb.

A intervalles réguliers, les rafales sont entendues dans les quartiers chauds. « Nous voulons qu'on rétablisse Michel Kafando et Isaac Zida dans leur fonction, sinon nous n'allons pas arrêter les manifestations », s'écrie un manifestant. Vendredi, des militaires du RSP ont tiré pour disperser les manifestants. Selon des sources hospitalières, depuis le coup d’État, au moins sept personnes ont été tuées et on compte de nombreux blessés.

« Bobo-Dioulasso, tout commence ici, tout va terminer ici »

A Bobo-Dioulasso, deuxième plus grosse ville du pays, dans l’ouest du Burkina Faso, les commerces étaient fermés vendredi suite au mot d’ordre de grève générale. En revanche, l’une des principales places de la ville est très animée par les meetings des opposants aux putschistes qui se livrent à des concerts de klaxon et de reggae pour le départ des putschistes. Sur la place Tiefo Amoro de Bobo-Dioulasso, ils sont plusieurs centaines à braver la pluie pour écouter les consignes des leaders des différents mouvements citoyens. Des militants qui scandent une résistance civile aux 1 200 militaires qui ont pris le pouvoir à Ouagadougou. « Allez-y, faites ce que vous voulez, mais on ne casse rien, on ne brûle rien ! Passez l’information à vos proches. Bobo-Dioulasso, tout commence ici, tout va terminer ici », prévient un leader au micro.

Des manifestations, des barrages, mais pas de casse ou de dégradations pour les manifestants burkinabè. Le but pour les Bobolais est de faire comprendre aux putschistes de Ouagadougou qu’ils sont bien seuls et bien isolés au Burkina Faso. « Aujourd’hui, nous ne considérons même pas que c’est un coup d’Etat, explique Issoufou Niamba, dit « la Fouine », coordinateur du mouvement citoyen à Bobo-Dioulasso. Les membres du RSP, on va dire certains membres du RSP, qui ont osé agir comme ça contre le peuple, nous nous les considérons plutôt comme des terroristes, des traitres et il faut justement les mettre hors d’état de nuire. »

L’un des points stratégiques des manifestants de Bobo-Dioulasso, c’est la base militaire Ouezzin Coulibaly, l’un des plus importants camps militaires du pays, dont ils font le siège. Le but : obtenir le ralliement des militaires de l’armée régulière contre les putschistes du RSP. Pour le moment, sans succès.

On a parlé de couvre-feu mais qui fait respecter le couvre-feu ? Ce sont les forces de l'ordre normalement, mais ils nous ont laissé (manifester). Hier, il n'y a pas eu de couvre-feu à Bobo-Dioulasso... Tout le monde nous a applaudi ! Tout à l'heure, la place était bondée de monde, le commandant du camp est sorti et a dit qu'il transmettrait cela à qui de droit : cela signifie qu'ils sont de corps et d'esprit avec nous. Le RSP a posé un acte suicidaire, le peuple en a ras le bol... Diendéré est un délinquant...
«Les forces de l'ordre sont avec nous»
19-09-2015 - Par Frédéric Garat