[Entretien] Diendéré:«pas d'autre solution que de se défendre!»

Le général Gilbert Diendéré, ici en 2011.
© AFP PHOTO / AHMED OUOBA

A Ouagadougou, la pression s'accentue sur les putschistes dirigés par le général Gilbert Diendéré appelés à « déposer les armes ». Ce dernier dit attendre les conclusions de la Cédéao, la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest réunis en sommet extraordinaire ce mardi 22 septembre à Abuja. Ses membres examinent le projet initié par Macky Sall, à savoir une sortie de crise qui passerait notamment par le maintien des élections, et une amnistie pour les putschistes.

RFI : Général Diendéré, où vous trouvez-vous actuellement ?

Je me trouve à la présidence. J’attends les résultats de la réunion de la Cédéao. Il y a un sommet extraordinaire qui se tient pour discuter de la crise au Burkina Faso et pour parvenir à un accord suite aux discussions qui ont lieu avant-hier. Donc nous sommes dans la logique d’attendre les résultats qui seront donc trouvés à l’issu de ce sommet et de les mettre en application.

Mais des militaires burkinabè vous ont lancé un ultimatum, vous demandant au RSP de déposer les armes. Que leur répondez-vous ?

Nous avons effectivement depuis hier rencontré des responsables de l’unité militaire qui sont venus de l’intérieur du pays et qui ont souhaité que nous déposions les armes. Et nous leur avons fait savoir que notre logique consistait à attendre les résultats du sommet de la Cédéao et que donc cette revendication venait un peu en «déphasage» par rapport à ce qui était prévu. Il s’agissait tout simplement d’attendre que la Cédéao nous donne les directives que nous allions appliquer. Nous ne savons pas pourquoi les unités vont venir pour nous donner d’autres instructions.

Le rapport de force a changé aujourd’hui. Etes-vous prêt à faire des concessions aujourd’hui ?

Je pense que nous sommes obligés de faire chacun des concessions pour éviter ce que nous ne souhaitons pas… c’est-à-dire le bain de sang inutile. Et le massacre des populations civiles. Nous savons très bien qu’une confrontation aujourd’hui (risque) de créer beaucoup de problèmes et de difficultés. Donc je ne parlerais pas de rapport de force, mais plutôt d’une volonté de part et d’autre de ne pas créer d’avantage de problèmes, de difficultés, pour le pays.

Mais vous, quelles concessions êtes-vous prêt à faire pour éviter un bain de sang ?

J’ai tout simplement demandé à ce que l’on attende de la Cédéao la décision finale et nous allons tout simplement l’appliquer. Cela n’est pas si compliqué que cela.

Si des unités de l’armée régulière approchent du Palais de Kosyam que ferez-vous ?

J’aviserai. Je verrai ce qu’il y a lieu de faire. Mais je ne pense pas que ces unités soient dans une logique de confrontation. Personne au Burkina Faso ne cherche la confrontation. Personne ne cherche le bain de sang et nous non plus, nous ne voulons pas de cela. Nous pensons que nous pouvons toujours discuter avec ces unités-là pour éviter que le pire n’arrive. Nous avions décidé hier de nous rencontrer aujourd’hui à nouveau à partir de 10 heures pour continuer les négociations. Nous avons dépêché notre émissaire auprès d’eux et en ce moment les discussions, les débats, sont en cours pour trouver une solution.

Qui sont vos interlocuteurs ?

Les interlocuteurs, ce sont d’un côté le chef d’Etat-Major général et de l’autre les chefs des unités militaires qui sont arrivées de province. Parce qu’en réalité il s’agit d’un certain nombre de chefs militaires qui sont des promotionnaires, c’est une promotion d’école. Et ils se sont donc « coalisés » pour venir mener des opérations militaires à Ouagadougou ? Sans que la hiérarchie militaire, sans que le chef d’état-major général des armées donne son accord. Cela aussi, pose un petit problème. Mais dans tous les cas nous avons dépêché un officier qui est aussi de leur promotion afin qu’ensemble ils puissent discuter et nous faire des propositions pour une sortie de crise.

Encore une fois, quelles concessions êtes-vous prêt à faire ?

Nous sommes prêts à faire toutes concessions qui pourraient amener le calme au niveau du pays. Mais comme je l’ai dit, nous souhaitons vivement que cela s’inscrive dans ce qui est actuellement en train d’être discuté à Abuja.

Etes-vous prêt à revenir sur la question de l’amnistie pour les auteurs du putsch ?

Cette question relève de la Cédéao. C’est la Cédéao qui nous a proposé cette amnistie. Si cela est le cas, nous sommes preneurs. Si cela n’est pas le cas, nous aviserons. Dans tous les cas tant qu’il y aura des solutions qui pourraient apaiser la situation, nous sommes d’accord.

Donc la montée d’un certain nombre de militaires sur la capitale a modifié le rapport de force ?

Je ne peux pas parler de rapport de force. Je ne pourrai pas vous dire si le rapport de force a été modifié ou pas, mais dans tous les cas, là n’est pas le problème. Le problème c’est de faire en sorte qu’il n’y ait pas de bain de sang, qu’il n’y ait pas de pertes en vies humaines. Nous en avons déjà eu, nous regrettons ce qui s'est déjà passé. Nous n’allons pas en rajouter davantage.

Et vous n’êtes que 1 300 hommes face au reste de l’armée. C’est peu ?

Je ne répondrai pas à cette question. Vous ne savez pas combien sont arrivés pour dire que c’est peu, donc je ne pourrai pas répondre à cette question.

Une dernière fois, que ferez-vous si les militaires qui ont fait route vers Ouagadougou attaquent le Palais de Kosyam où vous vous trouvez actuellement ? Répondrez-vous ?

Que ferait un militaire qui est attaqué ? Il n’y a pas d’autre solution que de se défendre !