Hollande, Déby, Issoufou: réactions face aux évènements au Burkina


© AFP PHOTO / AHMED AUOBA

Depuis la capitale du Niger, le président Mahamadou Issoufou et son homologue tchadien Idriss Déby ont appelé les putschistes burkinabè du RSP à déposer les armes, regagner leurs casernes et laisser la transition finir sa mission. Lundi, l'armée burkinabè a convergé vers la capitale pour obtenir cette reddition. Face à l'évolution de la situation, la présidence française se montre également plus pressante, alors que ce mardi, la Cédéao est censée étudier les modalités de sortie de crise présentées à Ouagadougou ce week-end.

Après un communiqué laconique jeudi dernier, appelant à la libération des personnalités retenues par les putschistes, ainsi qu'au retour de la transition, la présidence française a haussé le ton ce lundi 21 septembre en soirée. Dans un nouveau communiqué, l'Elysée indique que le chef de l'Etat François Hollande s'est entretenu au téléphone ce lundi avec Macky Sall, son homologue sénégalais qui a conduit la médiation avec les putschistes à Ouagadougou ce week-end.

Le président français remercie Macky Sall pour son « investissement personnel » et réitère sa condamnation la plus ferme du coup d'Etat. « François Hollande a indiqué que la France soutiendrait pleinement la Cédéao pour parvenir à des élections équitables et transparentes dans les meilleurs délais », peut-on lire dans le communiqué. Mais l'Elysée durcit également le ton, évoquant d'éventuelles sanctions « contre ceux qui s'opposeraient à la tenue d'élections régulières ».

Et le communiqué devient même menaçant lorsque l'Elysée appelle « les forces impliquées dans le putsch à déposer les armes et à rendre le pouvoir aux autorités légitimes, faute de quoi elles devraient en assumer toutes les conséquences ». La présidence rappelle que la France a d'ores et déjà suspendu sa coopération civile, financière et militaire avec le Burkina Faso « jusqu'à la reprise effective de la transition sous autorité civile ».

Idriss Déby et Mahamadou Issoufou s'expriment

Déposer les armes, tel est le message unanime envoyé depuis l'étranger aux putschistes du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) lundi, alors que les chefs d'Etat de la Cédéao sont réunis en sommet extraordinaire à Abuja (Nigeria) ce mardi 22 septembre pour évoquer la crise. Depuis Niamey, les présidents tchadien et nigérien ont par exemple lancé un appel à l'unisson.

« Le Régiment de sécurité présidentielle, ce sont des soldats, mais ce sont aussi des enfants du Burkina, a souligné Idriss Déby. Je leur demanderais fraternellement de ne pas être à contre-courant en prenant en otage tout un peuple. Si ce sont des soldats, qu'ils déposent les armes et qu'ils regagnent les casernes ; qu'ils laissent la transition aboutir conformément au programme qui a été déjà établi sans qu'il y ait encore des interférences. »

« Nous sommes très préoccupés par l'évolution de la situation dans ce pays, confirme Mahamadou Issoufou. Le Niger est d'autant plus préoccupé que nous avons des menaces sur d'autres frontières. Nous avons la situation en Libye, nous avons également les menaces sur notre frontière avec le Mali. On vient de parler des menaces de Boko Haram du côté de notre frontière avec le Nigeria. Alors nous ne souhaitons pas qu'il y ait une quatrième frontière du Niger qui puisse entrainer encore notre zone dans l'insécurité. »

« Ce que nous voulons, ce que nous souhaitons, c'est que le peuple burkinabè soit entendu, soit écouté, insiste le président nigérien. Il n'y a pas de solution durable au Burkina en dehors des réponses aux aspirations du peuple burkinabè. Et je pense que c'est cela qui servira de boussole, c'est cela qui servira de fil conducteur à la Cédéao afin d'apporter une réponse à la crise qui sévit aujourd'hui dans le pays. »

La Cédéao dans une situation délicate

Ce mardi à Abuja, après avoir passé leur week-end à Ouagadougou, les présidents sénégalais et béninois Macky Sall et Thomas Boni Yayi devraient dresser une sorte d'état des lieux de la situation burkinabè à leurs homologues de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), puis leur présenter la proposition d'accord qu'il ont soumise ce week-end au gouvernement de la transition, aux putschistes et à la société civile du Faso. Leur objectif étant de faire adopter ce projet par la voie du consensus.

Les réactions ont été plutôt mitigées jusqu'ici. A Ouagadougou, ce projet suscite l'indignation de la société civile et d'une partie de la population, qui rejette les propositions d'amnistie pour les putschistes et la participation de candidats du parti de Blaise Compaoré aux prochaines élections. A cela s'ajoute le scepticisme des parties directement concernées par cet accord, à l'image de Michel Kafando, président de la transition, qui s'est dit sur RFI « très réservé sur ce projet d'accord », expliquant que « tous les problèmes qui ont été abordés ne peuvent pas être résolus ».

En l'absence de ce dernier, qui se trouve à la résidence de France à Ouagadougou, les chefs d'Etat de la Cédéao devront donc débattre des points abordés dans ce texte. Les questions sensibles, telles l'avenir du RSP ou l'inclusion des partisans de l'ancien président Compaoré aux prochains scrutins, devraient faire l'objet de débats à huis clos, lors d'une session express prévue à cet effet, de 10h à 14h, heure locale. A l'image du président Issoufou, certains dirigeants ouest-africains semblent réservés sur cette démarche. « A travers l'amnistie des putschistes, ce texte risque de faire régner l'impunité », résume un expert.