Procès Habré: un ancien décrit la documentation de l'intérieur

Hissène Habré, entouré par des militaires après une audition auprès d'un juge, le 2 juillet 2013 à Dakar.
© AFP/Stringer

A Dakar, le procès d'Hissène Habré fait une pause à partir de ce mercredi soir, en raison de la célébration de la fête de la Tabaski (Aïd el-Kebir). Il ne reprendra que lundi prochain. Mardi 22 septembre a débuté un témoignage très attendu, celui d’un ancien agent de la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), la police politique. Bandjim Bandoum décrit de l'intérieur le système de répression.

« Je témoigne pour que mon fils sache ce que j'ai fait au temps d'Hissène Habré et parce que ce que j'ai vu a troublé ma conscience. » D'une voix tremblante d'émotion, Bandjim Bandoum s'est présenté à la barre en repenti. A bientôt 62 ans, cet homme vit aujourd'hui à côté de Paris, où il est régisseur d'immeuble. Mais dans une autre vie, il fut un exécutant du régime d'Hissène Habré au sein de la police politique.

La Commission tchadienne d'enquête le cite comme un tortionnaire notoire, mais il jure devant la Cour n'avoir rien commis de tel. Selon lui, son travail consistait plutôt à recopier à la machine les procès-verbaux des auditions des prisonniers. Il dit avoir aperçu une fois Hissène Habré dans les locaux de la DDS et présente l'ancien président comme une ombre toute puissante, sans pour autant pouvoir conclure à son implication directe dans les ordres reçus.

« J'archivais les documents. Donc, il y a eu des annotations sur des fiches d'audition. Est-ce que ces écritures, c'est à lui ? Est-ce que c'est quelqu'un qui jouait l'intermédiaire qui a fait ça ? Ça, je ne peux pas l'affirmer, mais j'ai vu ça quand j'archivais les documentations », explique-t-il. Et lorsque la cour demande plus d’informations sur ces annotations, le témoin raconte : « Il y a des L, des E. Je ne sais pas qui les écrit, mais c'est ça. E, c'est " exécuter ", L c'est " libérer ". Et puis, il y a VU. »

Très attendu au procès, ce témoignage parfois confus et pour le moment sans vraies révélations dévoile de l'intérieur un système au sein duquel « les interrogatoires et les tortures étaient systématiques ». « J'ai agi dans la contrainte », affirme Bandjim Bandoum, qui s'est tourné une fois vers Hissène Habré, toujours impassible derrière ses lunettes noires.