Congo: l’opposition dénonce un «coup d’Etat constitutionnel»

Denis-Sassou Nguesso, président du Congo-Brazzaville, le 3 matrs 2015 lors d'une visite à Bruxelles.
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Denis Sassou-Nguesso, au pouvoir au Congo-Brazzaville depuis 1997, après avoir dirigé le parti unique de 1979 à 1992, a annoncé vouloir un référendum en vue d’un changement de Constitution. Celle-ci l’empêche pour l’instant de briguer un troisième mandat lors de l’élection présidentielle prévue l’an prochain. Les chefs de file de l’opposition affirment qu’ils s’organiseront pour faire barrage à ce qu’ils qualifient de « coup d’Etat constitutionnel ».

A 71 ans, Denis Sassou-Nguesso, président du Congo-Brazzaville depuis 1997, est frappé par la limite d’âge qui lui interdit, selon la Constitution de 2002, de briguer un nouveau mandat présidentiel lors du scrutin qui doit se tenir mi-2016. La Constitution congolaise interdit également de briguer un troisième mandat. Dans un message adressé mardi, le président congolais a annoncé sa volonté de passer par voie référendaire, pour changer cette Constitution : « J’ai décidé de donner la parole directement au peuple afin qu’il se prononce sur le projet de loi énonçant les principes fondamentaux de la République définissant les droits et devoirs des citoyens et fixant les nouvelles formes d’organisation et les nouvelles règles de fonctionnement de l’Etat ». Pour le moment, aucun calendrier sur l’organisation de ce référendum n’a été communiqué, mais l’annonce a déclenché de très vives réactions au sein de l’opposition.

« Une déclaration de guerre au peuple congolais »

« Il a commencé par des concertations, des consultations, des dialogues et il était comme un planeur, et enfin, il a atterri. Et nous savions que c’est par là qu’il devait atterrir : il annonce qu’il doit changer la Constitution en réalité. Cela ressemble à une déclaration de guerre au peuple congolais », dénonce Pascal Tsaty Mabiala, premier secrétaire de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS). « Le peuple congolais veut vivre en paix. Et au nom d’une paix qu’il [Denis Sassou-Nguesso] annonce tous les jours, dont il serait le gardien suprême, il vient de démontrer qu’en réalité, il n’est pas pour la paix. »

Interrogé par RFI, le premier secrétaire de l’UPADS affirme également que son parti est « en train de s’organiser » pour faire barrage à ce qu’il qualifie de « coup d’Etat constitutionnel ». Pour lui, les auteurs des conclusions du dialogue qui s’est tenu à Sibiti en juillet dernier n’ont pas de légitimité. « Le peuple congolais, qui ne voudra pas se faire voler les vertus de cette démocratie qu’il appelle de tous ses vœux, se lèvera et s’opposera. (…) Nous n’avons pas d’armée, nous n’avons pas d’arme. Mais avec nous, la raison, et c’est cette raison qui finira par triompher », affirme Pascal Tsaty Mabiala.

Des « dangers pour la société congolaise »

Denis Sassou-Nguesso « est en fin de mandat constitutionnel. Quand il sort de la guerre de 1997, il fait rédiger une Constitution qui lui donne droit à deux mandats légaux de deux fois sept ans. Il les a exercés. Il doit partir et créer les conditions d’élection de son successeur en travaillant avec l’opposition, avec la société civile, pour que ce successeur soit élu dans des conditions propres », estime pour sa part Joseph Ouabari Mariotti, représentant du Front républicain pour le respect de l'ordre constitutionnel et l'alternance démocratique (FROCAD) en Europe.

L'ancien ministre de la Justice de Pascal Lissouba participait, ce mercredi, à un rassemblement d’opposants congolais à Paris. « Nous ne laisserons pas le président Sassou-Nguesso parachever son coup d’Etat militaire de 1997 par un coup d’Etat constitutionnel », affirme Joseph Ouabari Mariotti, qui dit craindre pour « les dangers qu’il comporte pour la société congolaise ».

« Et si les Congolais pensent qu’il mérite d’être là, pourquoi pas ? »

Pierre Ngolo, secrétaire général du Parti congolais du travail (PCT), le parti présidentiel, défend pour sa part la voie d’un changement de Constitution qui ouvrirait la voie à un troisième mandat de Denis Sassou-Nguesso à la tête du pays. « Et si les Congolais pensent qu’il mérite d’être là, pourquoi pas ? Nous avons tous confiance. Et tous les dirigeants pensent que cette Constitution pose problème », affirme-t-il. Il défend aussi l’homme, Sassou-Nguesso, qui est selon lui « mal connu ».

« Denis Sassou-Nguesso est un homme de parole. C’est quelqu’un qui sait aussi écouter. C’est un démocrate, il l’a prouvé plus d’une fois. Ce n’est pas la volonté de Denis Sassou-Nguesso de vouloir s’installer indéfiniment au pouvoir. Asseoir une dynastie, ça n’a jamais été sa préoccupation. Il a servi la République. Il n’était pas chef d’Etat quand il a commencé à servir. Il est chef d’Etat, il continue à servir. Les citoyens pensent, une bonne partie, qu’il mérite encore leur confiance. » Interrogé sur les craintes de violences politiques que l’annonce der ce référendum ont fait naître, Pierre Ngolo estime qu’« avec les drames que les Congolais ont subis, on ne peut pas replonger les citoyens dans le calvaire des affrontements, dans l’incertitude, dans l’insécurité ».