Mausolées de Tombouctou: un jihadiste d’Ansar Dine devant la CPI

Un des mausolées de Tombouctou, (15 mai 2012) devenu la cible du mouvement Ansar Dine.
© REUTERS/Adama Diarra

Ahmad Al Faqi Al Mahdi, alias Abou Tourab, a été transféré dans la nuit du 25 au 26 septembre du Niger vers les Pays-Bas où siège la Cour pénale internationale. Cet ancien membre d'Ansar Dine, groupe lié à al-Qaïda, doit répondre des destructions de mausolées religieux et culturels de Tombouctou, protégés par l'Unesco.

C’est la première fois que la CPI, et un tribunal international en général, se saisit d'une affaire de destruction de patrimoine culturel. Ahmad Al Faqi Al Mahdi est accusé d’avoir activement participé à la destruction de neuf mausolées et d’une mosquée en 2012 à Tombouctou, occupé par Ansar Dine.

Jamais non plus la CPI n'aura vu un mandat d'arrêt exécuté si rapidement. Le chargé des relations extérieures du bureau du procureur s'est d'ailleurs félicité de cette collaboration avec le Niger. Les autorités nigériennes le détenaient depuis plusieurs mois, il avait été arrêté à la suite d'une opération militaire dans le nord du pays, a expliqué Pascal Turlan à RFI, se refusant toutefois à donner plus de détails. « C’est un crime qui est très grave, un crime de guerre, reconnu comme tel par le statut de Rome, explique Pascal Turlan, chargé des relations extérieures du bureau du procureur de la CPI. Nous avons choisi de poursuivre [Ahmad Al Faqi Al Mahdi] pour ce crime qui attaque l’identité et la dignité des populations entières du nord du Mali, auquel on doit répondre avec la plus grande fermeté. »

Il s'agit en fait d'une opération menée conjointement par les armées française et nigérienne le 10 octobre 2014 contre un convoi de six véhicules en provenance de la Libye, contenant trois tonnes d'armements, mais aussi des hommes, des proches de Iyad ag Ghali, le patron d'Ansar Dine. Finalement, la moitié des occupants avait été tuée et l'autre moitié capturée. Parmi eux, selon les informations recueillies par RFI, Ahmad Al Faqi Al Mahdi.

Ce dernier a donc échoué dans une prison nigérienne, accusé d'association de malfaiteurs en vue d'une entreprise terroriste. « Mais le dossier est creux, Niamey n'avait qu'une envie, c'était de se débarrasser de ce personnage comme d'autres d'ailleurs », explique une source judiciaire proche du dossier.

Soulagement à Tombouctou

Le maire de Tombouctou s'est en tout cas réjoui de ce transfert à La Haye. Lui qui disait regretter que tant d'autres aient été amnistiés. « A la CPI, il n'y aura plus de pression des groupes armés ou des Etats pour le libérer », confie Haley Ousmane qui salue ce premier pas dans la lutte contre l'impunité pour les crimes commis au nord du Mali. « Les Tombouctiens regrettent de voir aujourd’hui libérés, libres de toute poursuite judiciaire, ceux qui étaient là durant l’occupation et qui ont fait souffrir la population, explique également le maire de la ville. Donc quand on commence à en prendre certains et à les amener directement à la CPI, c’est vraiment un ouf de soulagement et de remerciement. »

La « Cité des 333 saints » abrite au total seize cimetières et mausolées qui, selon l’Unesco, étaient « des composantes essentielles du système religieux dans la mesure où, selon la croyance populaire, ils étaient le rempart qui protégeait la ville de tous les dangers ». En 2014, l’organisation onusienne a lancé un vaste programme de reconstruction des mausolées détruits par les jihadistes. Huit d’entre eux avaient ainsi déjà été reconstruits en juillet.