Au Rwanda, un quart des détenues sont incarcérées pour avortement

Au Rwanda, un avortement pour raisons de santé doit être validé par au moins deux médecins.
© AFP PHOTO / Gwenn Dubourthoumieu

L'ONG rwandaise L'Initiative des Grands Lacs pour le développement et les droits humains vient de présenter un rapport qui estime que près d'un quart des femmes emprisonnées purgent une peine pour avortement illégal, alors que bon nombre d'entre elles auraient pu bénéficier d'un avortement légal. Depuis 2012, le Code pénal autorise en effet l'avortement en cas de viol, d'inceste, de mariage forcé ou de risque pour la santé de la mère et de son enfant.

Selon l'ONG L'Initiative des Grands Lacs pour le développement et les droits humains (GILDH), des barrières culturelles et administratives rendent quasiment impossible l'accès pour la plupart des femmes à un avortement légal. Par exemple, il ne faut pas moins de deux docteurs pour qu'un avortement pour raisons de santé soit approuvé. Un énorme obstacle dans un pays ne possédant en moyenne qu'un docteur pour 17 000 habitants.

Et en cas de viol, d'inceste ou de mariage forcé, l'avortement doit être autorisé par un juge. Une démarche qui n'est absolument pas adaptée, selon Chantal Umuhoza, coauteure du rapport de l’ONG. « C'est un défi, car un avortement est une décision très personnelle, sensible et encore très stigmatisante, souligne-t-elle. Il est donc très rare que les femmes osent se tourner vers un tribunal. Et même si elles le font, par exemple en cas de viol, le processus judiciaire peut prendre plusieurs mois, alors que l'avortement est quelque chose d'urgent. On ne peut pas se permettre d'attendre cinq ou six mois que la justice tranche. »

De plus, beaucoup de femmes ne connaissent tout simplement pas leurs droits. Face à tous ces obstacles, elles ont donc en général recours à des avortements illégaux, souvent au péril de leur vie.

Toutes les femmes incarcérées interrogées affirment avoir été dénoncées puis arrêtées après avoir demandé une aide médicale d'urgence à la suite d'un avortement illégal. La majorité d'entre elles est issue d'un milieu pauvre.

Evodia Dushimimana, en charge des femmes au ministère rwandais de la Santé reconnaît que ce rapport a permis une prise de conscience. « Il y a clairement un besoin de sensibilisation pour que les gens soient au courant de ce que dit la loi, explique-t-elle. Ces obstacles à l'avortement sont un problème alarmant il est donc nécessaire d'en discuter. » L'organisation réclame la libération de toutes les femmes « injustement » condamnées pour avortement.