C. Samba-Panza: «La sécurité et la cohésion restent fragiles» en RCA

Catherine Samba-Panza, la présidente de la transition centrafricaine, à la tribune de l'ONU, à New York, le 26 septembre 2015.
© AFP PHOTO / TIMOTHY A. CLARY

La tension reste vive à Bangui. La capitale centrafricaine est depuis plusieurs jours en proie à une nouvelle série de violences. Tout est parti, samedi, de l'assassinat d'un chauffeur de moto-taxi. Depuis les affrontements et les manifestations se poursuivent. Une situation qui a obligé la présidente de la transition, Catherine Samba-Panza, à quitter plus tôt que prévu l’Assemblée générale des Nations unies à New York. Avant son départ, elle a répondu aux questions de Marie Bourreau.

RFI : Comment analysez-vous la situation sur le terrain ?

Catherine Samba-Panza : Les événements qui se passent en ce moment en République centrafricaine nous ramènent à une certaine réalité. A savoir que malgré les efforts qui ont été consentis pour la cohésion sociale, pour la sécurisation du pays, la sécurité reste fragile et cette cohésion sociale reste fragile. Et il a suffi d’un événement malheureux, c'est-à-dire la mort d’un taxi-moto musulman, pour que tous les efforts consentis soient anéantis. Cela nous amène à réfléchir sur les actions à mener en profondeur pour consolider réellement la cohésion sociale et le mieux vivre intercommunautaire.

Quelles sont les causes de cette flambée de violence selon vous ?

Tout est parti d’un fait divers, d’un événement malheureux. Et bien entendu, la profondeur de la crise nous a rattrapés. Nous avons pensé que nous avions fait suffisamment d’efforts, que nous avions bien évolué. Nous nous rendons compte qu’il faut continuer à se battre et continuer à mener des actions au sein des communautés musulmanes, chrétiennes, interreligieuses, intercommunautaires, pour consolider tous les efforts qui ont été accomplis jusqu’ici.

Vous avez évoqué dans votre adresse nationale les ennemis de la paix. Qui sont-ils, selon vous ?

Ils sont nombreux. Ce sont tous ceux qui tirent un profit à l’insécurité, tous ceux qui tirent un profit du chaos. Et comme vous le savez, nous avons une bonne partie de la République centrafricaine tenue par des groupes armés qui exploitent les ressources naturelles, qui perçoivent les recettes à la place de l’Etat. Ces gens-là n’aimeraient pas que la situation change. Nous avons également des anciens dignitaires qui veulent revenir au pouvoir et qui pensent qu’en déstabilisant le pays, le terrain leur sera plus favorable pour revenir au pouvoir parce qu’ils savent qu’ils ne peuvent pas tenir le processus électoral.

Est-ce que vous pensez que cette déstabilisation, comme vous dites d’anciens dignitaires, peut mener à un coup d’Etat ?

Ce serait illusoire de la part de ces gens de penser qu’un coup d’Etat est possible. Après ce qui s’est passé au Burkina Faso, après les réactions que nous avons enregistrées de par le monde sur cette tentative de coup d’Etat au Burkina Faso, je pense que les Centrafricains et leurs acteurs politiques devraient en tirer les leçons. Nous sommes en ce moment dans une dynamique de retour vraiment au processus par les élections : il serait difficile quand même que les Centrafricains et que la communauté internationale puissent accepter qu’un coup d’Etat se passe à nouveau en Afrique.

Est-ce que ces violences mettent en danger le processus électoral en cours et la tenue des élections futures ?

Tout à fait. Pourtant, nous avons noté un engouement certain de la population centrafricaine pour ce processus électoral. Nous avons enregistré pas mal d’électeurs qui se sont inscrits sur les listes électorales parce que les Centrafricains veulent aller aux élections et veulent choisir leurs prochains dirigeants. Malheureusement, ceux qui n’ont pas la capacité d’aller aux élections sont en train de mettre des bâtons dans les roues du processus, mais nous allons garder le cap. Même s’il y a des réaménagements techniques nécessaires en ce qui concerne le chronogramme, nous allons tenir nos engagements pour organiser ces élections dans les meilleures conditions possible en 2015.

Est-ce que le retard dans la mise en place de ces élections a pu contribuer à cette flambée de violence ?

Je ne pense pas. Parce que ceux qui se sont adonnés à ces violences sont ceux qui jusque-là ont dénoncé l’organisation des élections et ont souhaité fortement la mise en place d’une troisième transition.

Vous avez rencontré à New York un certain nombre de bailleurs. Est-ce qu’il y a un risque en terme de financement et que vous ont dit les acteurs internationaux que vous avez rencontrés ?

Je suis venue à New York porter un message. Un message d’espoir de la part des populations centrafricaines qui attendent que la communauté internationale continue à les appuyer dans leur effort de redressement, de relèvement. Nous avons identifié des priorités pour finir convenablement la période de la transition, mais surtout des priorités pour permettre à la République centrafricaine et à ceux qui auront la responsabilité de diriger la République centrafricaine dans quelques mois, d’avoir les moyens de leur politique. Malheureusement, les derniers événements vont remettre en cause ces priorités. Il va falloir tenir compte de ces événements et peut-être revoir l’ordre des priorités. Mais je suis persuadée que la communauté internationale va continuer à accompagner la population centrafricaine dans sa volonté de se relever.

Est-ce que vous vous sentez soutenue par la communauté internationale, alors que les demandes du départ des autorités de transition se font jour en Centrafrique ?

Je suis totalement soutenue par la communauté internationale. C’est avec la communauté internationale que nous avons élaboré ces priorités et c’est avec la communauté internationale que nous sommes en train de faire le plaidoyer pour la mobilisation des ressources en ce qui concerne le secteur de la sécurité, en ce qui concerne la réconciliation nationale, en ce qui concerne le programme de démobilisation de désarmement et de réinsertion, en ce qui concerne la restauration de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national. Et je ne pense pas que ces événements puissent remettre totalement en cause cette volonté de la communauté internationale de nous accompagner.

Et que répondez-vous à ceux qui à Bangui réclament le départ des autorités de transition ?

Vous savez, depuis dix-huit mois que je suis à la tête de la transition, certaines personnes en marge de la population ont toujours demandé le départ de la présidente de la transition. Mais la majorité de la population centrafricaine connaît le travail et le sacrifice consentis par la présidente de la transition pour sortir le pays des difficultés où il se trouvait. Et je ne pense pas que la majorité de la population suivra ces personnes qui demandent mon départ et qui sont assez marginales.

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