La démission de Katumbi, un «séisme» qui ravit l’opposition à Kabila

Moïse Katumbi, ici en novembre 2011 à Lubumbashi lors d'une rencontre avec des représentants de la Monusco, a officiellement quitté le PPRD.
© AFP PHOTO / PHIL MOORE

La démission de Moïse Katumbi, qui annoncé mardi quitter le parti du président Joseph Kabila, provoque une vague de réactions politiques en République démocratique du Congo. L’opposition applaudit une décision qualifiée de « responsable et courageuse », tandis que le porte-parole du gouvernement relativise la défection et met en garde l’ancien allié sur de possibles poursuites judiciaires.

« Séisme politique », « coup de tonnerre »… Les qualificatifs étaient nombreux, mercredi, pour décrire l’effet de la démission du gouverneur de l’ex-province du Katanga, Moïse Katumbi. Poids lourd du parti au pouvoir de sa province, il l’était, surtout, au sein du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), le parti du président Joseph Kabila. Sa démission, Moïse Katumbi la justifie par des « signaux alarmants » qui indiquent que « tout semble mis en œuvre pour ne pas respecter la Constitution ».

L'opposition salue une décision exemplaire

Pour les frondeurs de la majorité - ces sept partis qui ont quitté la coalition au pouvoir pour « sauver la Constitution » et « défendre l’alternance à la tête du pays en 2016 », le positionnement de Moïse Katumbi, premier poids lourd du PPRD à quitter le navire est un appui déterminant. « C’est une icône dans la famille politique, y compris dans son parti. Parce qu’être gouverneur de la province la plus riche de la République démocratique du Congo et renoncer, pour ses valeurs, voilà qui fait preuve d’exemple », salue Olivier Kamitatu, chef de l’Alliance pour le renouveau au Congo (ARC). Pour lui, cette démission doit être vue comme « un renoncement à tout ce qui a trait à des politiques suicidaires qui conduisent à ne pas respecter la Constitution ».

Pour ces partis, le projet de loi sur le référendum et les retards pris dans l’exécution du calendrier électoral sont autant d’exemples de la volonté du pouvoir de rester après 2016. Conséquence, du côté de l’opposition, on appelle à un front républicain qui rassemble tous ceux qui veulent garantir l’alternance en 2016. « Je pense que nous n’avons pas le droit de disperser de l’énergie », insiste ainsi Eve Bazaïba Masudi, secrétaire générale du Mouvement de libération du Congo (MLC), le deuxième parti de l’opposition du pays. Elle appelle « tous ceux qui réfléchissent et qui s’expriment, comme nous, par rapport au respect des valeurs républicaines, au respect de la Constitution – non au troisième mandat, oui aux élections » à « travailler ensemble, pour l’intérêt de la nation ».

L’ex-gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi appelle, lui aussi, au « rassemblement des forces démocratiques » pour s’élever contre toute velléité de changement de la Constitution. Il reste désormais à voir ce que cette restructuration inédite de la scène politique congolaise entre majorité et opposition va donner sur la durée.

Le pouvoir dénonce des « affabulations »

Du côté du pouvoir, par contre, on relativise la portée de cette redistribution des cartes politiques. Pour Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais, cette démission n’est « pas du tout une surprise : cela fait déjà plusieurs mois que M. Katumbi donnait l’impression de ne plus être avec nous ». Pour Lambert Mende, qui est aussi membre du bureau politique de la majorité, Moïse Katumbi est à la solde de l'étranger et cette rupture serait intervenue « depuis que nous avons engagé cette espèce de bras de fer avec les partenaires habituels de la République démocratique du Congo. A cause de nos nouveaux partenariats, notamment avec la Chine, il a pris fait et cause pour les autres. Et, donc, nous ne pouvions que nous attendre à ce qu’un jour ou un autre, il quitte notre famille politique. »

Lambert Mende dément par ailleurs les accusations portées dans le communiqué de démission de Moïse Katumbi, qui évoquait notamment des « dérives inacceptables », notamment en terme de réduction des libertés publiques. « Ce sont des affabulations pour complaire à ceux qui l’utilisent dans cette campagne contre la RDC », affirme le porte-parole du gouvernement.

Il met également en garde Moïse Katumbi : « S’agissant de la gouvernance, il y a des choses que l’on apprendra, dans les prochaines semaines. Parce que M. Moïse Katumbi a géré, autant que nous. Et les comptes sont en train d’être faits. Nous verrons bien qui doit donner des leçons à qui. Il y a des magistrats qui ont été littéralement chassés du Katanga, lorsqu’il exerçait encore la fonction de gouverneur, parce qu’ils avaient levé de véritables lièvres. » Moïse Katumbi compte d'ailleurs parmi les personnalités visées par Joseph Kabila dans la plainte déposée en juin dernier par le président congolais auprès du procureur de la République.

Un coup dur pour le PPRD

Quoi qu'il en soit, la démission de Moïse Katumbi est un coup dur pour le camp du président. Pour les deux présidentielles en 2006 et 2011, Moïse Katumbi a été l’un des principaux soutiens du candidat Joseph Kabila dans l’immense province du Katanga. Les deux hommes ont été très proches en 2003. C’est d'ailleurs Joseph Kabila qui a fait en sorte que Moïse Katumbi puisse rentrer de son exil sud-africain.

Aujourd’hui, le divorce est consommé. Le président perd un allié plutôt populaire dans cette immense région minière dont ils sont tous deux originaires. Il perd aussi un de ses leviers en termes de mobilisation et de financement, car l’ex-gouverneur est également le président du tout puissant Mazembe, l’un des clubs de foot favoris des Congolais et un homme d’affaires extrêmement riche.

Avec cette démission, la recomposition du champ politique en RDC prend une nouvelle tournure. Le petit groupe de sept partis qui a divorcé de la coalition au pouvoir il y a 15 jours se retrouve avec un potentiel parrain plutôt puissant. D’autant plus que trois autres figures politiques de ce groupe sont originaires du Katanga ce qui leur donne une assise plutôt solide dans cette région.

Résultat même si le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie parle «  d’un non évènement », « prévisible » et « attendu », ses conséquences elles risquent bien de faire bouger les lignes sur la scène politique congolaise. Hasard du calendrier ? Mardi matin, la plénière qui devait se tenir à l'Assemblée nationale a été annulée sans qu'une nouvelle date n'ait été annoncée.

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