RCA: après cinq jours de violences à Bangui, RFI fait le point

Militaire camerounais déployé à Bangui en RCA dans le cadre d’une mission onusienne de maintien de la paix.
© FP PHOTO / REINNIER KAZE

Après cinq jours de violences, un calme relatif est revenu dans la capitale centrafricaine. Quelques échanges de tirs ont à nouveau été entendus, mais dans une moindre mesure. Le couvre-feu était tout de même de nouveau en vigueur la nuit dernière. Les autorités misent sur un retour à la normale dans la capitale. Etat des lieux de la situation en RCA ce jeudi 1er octobre.

Ce jeudi matin, le calme est toujours précaire à Bangui. Cette fois-ci, le couvre-feu a été presque respecté. La nuit a été plutôt calme ; quasiment aucun échange de tirs signalé dans les différents quartiers. Mercredi soir, deux stations Total situées à Boy-Rab, dans le fief des anti-balaka, ont été pillées et saccagées. Des combats sporadiques ont éclaté au niveau de l’Assemblée nationale, mais rien de comparable au niveau des violences des derniers jours.

La Minusca, la force des Nations unies, très critiquée les premiers jours pour sa lenteur de réaction, a semble-t-il décidé de s’imposer beaucoup plus fermement. Et ça a l’air de marcher puisque ce jeudi matin, il y a même quelques petits commerçants, notamment au niveau du marché central dans le centre-ville, qui commencent à rouvrir timidement leurs échoppes.

Nouveau cycle de violences

Depuis samedi, Bangui fait face à une situation comme elle n'en avait pas connu depuis longtemps. Un déferlement de violence aux conséquences graves et nombreuses. Ce qui a mis le feu aux poudres, c'est l'assassinat dans la nuit de vendredi à samedi d'un jeune moto-taxi musulman. En quelques heures, la violence a contaminé la ville entière, le cycle de représailles s'est enclenché, et a rappelé aux habitants les pires heures de la crise.

L'un d'eux témoigne : « La terreur, les armes, sont dans les rues. Les populations civiles se sentent totalement abandonnées. Comment trouver la paix ? Qui peut encore nous protéger ? Les gens se promènent armés comme ils veulent, attaquent qui ils veulent. C’est un sentiment de désespoir, d’abandon. On ne peut pas laisser des humains être terrorisés à ce point. »

Bangui a renoué avec les pillages. Des ONG ont été attaquées et saccagées, des barricades érigées sur les grands axes. Lundi, des manifestants ont même tenté de prendre la présidence et quelques militaires ont demandé au président du Parlement de transition Alexandre-Ferdinand Nguendet de prendre le pouvoir, ce qu'il a refusé.

Encore des milliers de déplacés

Ces cinq jours de violences ont fait entre une quarantaine et une cinquantaine de morts, selon les bilans. Ils ont également fait des milliers de nouveaux déplacés, comme l’explique Aurélien Agbénonci, coordinateur humanitaire des Nations unies en RCA :

« On a plus de 27 000 personnes qui ont fui les zones d’affrontements. Elles vont se réfugier dans des familles d’accueil ou dans les sites de déplacement. Il y a une augmentation de la population dans les sites de déplacement, alors que celle-ci avait tendance à baisser. Nous étions en train de réussir à vider le site de Mpoko. Et tout ce travail est réduit à zéro par la faute de certains va-t-en-guerre. »

Tout le monde s'accorde à dire que ces violences sont manipulées. Difficile d’établir clairement les responsabilités pour l'instant. Dans ce chaos, tous les mécontents ont tenté de faire entendre leur voix : certains exigeant la démission des autorités de transition et de la présidente, d'autres demandant le départ des forces internationales, d'autres encore exigeant des élections rapidement...

Etablir les responsabilités

Quelqu'un a-t-il appuyé sur le « bouton » pour déclencher tout cela ? Au regard des épisodes précédents, Florent Geel, directeur Afrique de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), estime que les groupes armés sont souvent activés par des personnes dotées d'agendas politiques :

« Il n’est pas du tout impossible de voir dans ces violences la main d’hommes politiques du passé : Djotodia, Bozizé et d’autres qui voient dans la stratégie du chaos une issue politique pour essayer de revenir aux affaires. Le fait que ces violences se soient déroulées en l’absence de la présidente de la transition, mais aussi que d’autres individus soient allés voir le président du CNT pour lui demander de reprendre en main la transition, démontre quand même qu’il y avait une volonté politique d’organiser des violences et que celles-ci sont moins spontanées qu’elles ne le laissent paraître. »

« Les élections risquent de s’éloigner »

Ce mercredi, Bangui a donc connu une relative accalmie, et Catherine Samba-Panza est rentrée précipitamment au pays. Dans un discours prononcé quelques heures après son retour en Centrafrique, elle a condamné ce qu'elle considère comme une tentative de putsch : « Avec la dernière tentative de coup de force que nous venons de vivre, les élections risquent bien de s’éloigner. La nature politique de ces évènements est évidente. Il s’agissait ni plus ni moins d’une tentative de prise de pouvoir par la force. »

La chef de l'Etat a ensuite listé les conséquences des évènements de ces derniers jours : le dialogue politique est rompu, les efforts de cohésion sociale et l’autorité de l'Etat sont sapés. Le processus électoral est stoppé. Elle appelle donc a faire bloc autour de la transition pour relancer la machine, et réamorcer une vaste concertation : « J’appelle en particulier toutes les forces vives de la nation, à savoir groupes armés, partis politiques, organisations de la société civile, syndicats, confessions religieuses, a reprendre le chemin du dialogue et la recherche du consensus. Dans un très bref délai, j’inviterai toutes les entités à une large concertation afin d’examiner les voies et les moyens de sortie de crise. »

« Il faut aller au désarmement sans discrimination des milices, à la protection des populations civiles et à l'usage de la force en cas de résistance », déclare encore Catherine Samba-Panza qui, de manière claire, rappelle la Minusca aux responsabilités inscrites dans son mandat. La présidente de la transition exhorte chacun à reprendre le travail et décrétera prochainement un deuil national de plusieurs jours.

Le Parlement de transition convoqué

Ce jeudi, plusieurs rendez-vous sont attendus dans la journée à Bangui. Le président du Conseil national de transition (CNT) devrait convoquer les députés. Si les axes principaux sont libérés des barricades, l’accès aux quartiers reste encore très difficile et bon nombre de députés habitent dans ces quartiers. On va donc voir si cette convocation est suivie d’effets. Normalement, les députés doivent se réunir en début d’après-midi.

La communauté musulmane du PK5 réfléchit à mettre sur pied leur manifestation pour la paix et en faveur des forces internationales. Elle était initialement prévue pour mercredi, mais elle n’avait pas pu avoir lieu.

En arrivant dans l'entrée de l'hôpital général tout est étrangement calme. Trop même alors que depuis le début du week-end les affrontements n'ont pas cessé. Les quartiers restent paralysés par de nombreuses barrières. Les blessés doivent guetter une accalmie pour rejoindre les structures de santé.
Reportage effectué à l'hôpital de Bangui
01-10-2015 - Par Matéo Guidoux