Procès Habré: les témoignages de torture des Hadjaraïs

Le tribunal de Dakar où se tient le procès de l'ancien président tchadien Hissène Habré, le 21 septembre 2015.
© AFP PHOTO/SEYLLOU

Jusqu'à la fin du mois d'octobre, le procès d'Hissène Habré se concentre sur les différents vagues de répression qui ont ciblé certains groupes ethniques du Tchad. Sont concernés notamment les Arabes, les Hadjaraïs et les Zaghawas. Cette semaine les témoignages ont essentiellement porté sur les Hadjaraïs ciblés en tant que tels au nom du principe de responsabilité collective.

On a pu écouter cette semaine des témoignages particulièrement lourds. Certains témoins n'ont pas pu retenir leurs larmes. Les Hadjaraïs - un ensemble relativement homogène de peuples du centre-est du Tchad - ont d'abord soutenu Hissène Habré dans sa course au pouvoir. Mais en 1984, la mort suspecte du ministre des Affaires étrangères Idriss Miskine - un Hadjaraï populaire - fait se rompre l'alliance. Deux ans plus tard, des cadres hadjaraïs entrent en rébellion en fondant le Mouvement de Salut National du Tchad. En réaction l'Etat lance une répression féroce et aveugle. Tout Hadjaraï est désormais un ennemi potentiel.

Fils de l'ancien conseiller diplomatique d'Hissène, Habré Mahamat Nour Dadji raconte comment un véhicule est un jour venu prendre son père chez lui. « Le président a besoin de vous », lui ont expliqué des hommes. Son père n'est jamais revenu. Lui-même fut arrêté à 17 ans et raconte avoir assisté à des scènes de tortures. « Dans la salle de torture, on nous faisait marcher sur des cadavres », a-t-il raconté.

Les histoires se ressemblent d'un témoin à un autre. Une veuve raconte comment les militaires sont un jour entrés chez elle pour enlever son mari. Le procureur interpelle Hissène Habré, il aimerait qu'il réagisse au témoignage de cette personne. En vain. L'ex-président est toujours silencieux.