[Spécial Guinée] Reportage à Fria, ville moteur tombée en désuétude

L'ancienne piscine de Fria en Guinée, aujourd'hui laissée à l'abandon, le 6 octobre 2015.
© RFI/Guillaume Thibault

La Guinée est dans sa dernière semaine de campagne électorale. Huit candidats se présentent à la présidentielle ce dimanche. Si à Conakry la campagne bat son plein, en région, l'activité est moins grande. Notamment dans la ville de Fria, à 150 kilomètres de Conakry. Fria, ville industrielle puissante jusqu'en 2012. La plus grande usine du pays construite par un groupe français, une usine d'alumine, a fait rayonner cette zone depuis la fin des années 50. Suite à un différend avec les salariés, le nouveau propriétaire, un groupe russe, a mis l'usine à l'arrêt.

A la piscine municipale de Fria, les baigneurs sont partis, les chèvres ont pris leurs places. Symbole de la réussite de Fria, ce bassin, payé et construit par les Français dans les années 60, n'existe plus.

Amadou Diallo a connu la belle époque. Une époque révolue selon lui : « C’était une belle ville, vraiment, mais aujourd’hui, c’est foutu et complètement dégradé. Ca fait, ça fait mal de voir cela ».

Comme les milliers d'ouvriers de l'usine, Mohamed Traoré, électricien, est au chômage : « Cette ville s’est construite autour de l’usine. Nous étions les enfants chéris de la Guinée. Un homme qui ne travaille plus n'est pas libre ».

Une morne campagne présidentielle

A Fria, les candidats à la présidentielle sont venus, mais la campagne électorale est terne. La population, à l'image de madame Diallo, n'a qu'un seul souhait : « Tout ce qu’on gagne au quotidien, c’est ce que l’on mange. Moi, mon rêve c’est que l’usine redevienne comme avant, que les activités reprennent comme avant ».

Reportage à Fria
07-10-2015 - Par Guillaume Thibault

En ville, trois grandes barres d'immeubles se dressent décrépis, chancelantes. Là encore, il s’agit de constructions de la grande époque. Ancien travailleur de l'usine, Abacar Sacko habite ici depuis toujours : « Nous vivons mal, ceux qui font trois repas, ce sont ceux qui sont dans le bonheur. Nous, on ne peut pas faire trois repas, juste un repas. Celui qui gagne, il faudrait qu’il fasse les efforts pour que Fria sorte de l’ombre ».

Sortir de l'ombre et redonner à Fria son surnom que tous les Guinéens connaissent : le Petit Paris.