L'Afrique mise sur le code informatique

Des élèves participent à la semaine africaine du code au Ghana
© Semaine africaine du code

« Le code informatique est la langue du XXIe siècle et nos enfants doivent la maîtriser ». C’est le slogan de la semaine africaine du code qui se tient du 1er au 10 octobre dans 17 pays du continent. L’objectif : enseigner à plus de 20 000 enfants des rudiments de programmation informatique afin de leur donner les outils pour s’insérer sur un marché du travail porté par les nouvelles technologies.

Les organisateurs de la semaine africaine du code sont partis d’un constat simple : dans les prochaines années, le numérique sera l’un des secteurs de croissance les plus porteurs dans le monde, or les élèves africains ne sont que 1 % à sortir de l’école avec des notions d’informatique, selon la Banque mondiale.

L’enjeu est donc de taille pour un continent majoritairement peuplé de jeunes qui connaissent souvent des difficultés à trouver un emploi une fois diplômés. Apprendre à fabriquer un site internet, un logiciel ou encore une application mobile pourrait les y aider, selon Lucie Jagu. Après avoir participé au succès de l’édition européenne, elle oeuvre maintenant à sa transposition de l’autre côté de la Méditerranée. « Il y a déjà énormément de choses qui se passent en Afrique, on voulait les fédérer, leur donner une visibilité et les encourager dans les actions en cours. (...) Concrètement, la semaine africaine du code se déroule en plusieurs étapes, poursuit-elle : on forme des représentants sur place qui sont souvent des passionnés ou des professionnels pour qu’ils organisent dans un second temps des ateliers à destination des enfants et des jeunes ».

Selon les pays, la manifestation prend donc des formes différentes : au Rwanda et en Afrique du Sud par exemple, ce sont des bus équipés d’ordinateurs qui se déplacent d’école en école.

Dans la commune d’Abobo à Abidjan, Obin Guiako a cofondé Baby Lab, un lieu d’échange autour des nouvelles technologies. Il a été nommé ambassadeur par la Semaine Africaine du Code. « Il y a des ateliers dans 17 villes à travers la Côte d’Ivoire, ça se passe dans les quelques écoles qui sont équipées de salles informatique », détaille-t-il.
Les ateliers utilisent le logiciel Scratch développé par le MIT qui permet d’apprendre des rudiments de code de manière très ludique.

Et la méthode semble fonctionner : « A la fin de la petite heure que dure l’atelier, confie Obin Guiako, la plupart des élèves refusent de partir, ils veulent absolument continuer mais ils doivent laisser la place au groupe suivant ». « Ce qu’on aimerait, poursuit-il, c’est que les écoles installent ce programme pour que les élèves puissent continuer à apprendre par eux-mêmes. Et pourquoi pas, mettre le code informatique dans les programmes scolaires… »

Mais ces jeunes auront-ils les moyens techniques de mettre en pratique ce qu’ils ont appris ? Pas sûr, selon Obin Guiako : « A Abobo, qui est un quartier populaire d’Abidjan, la grande majorité des enfants n’avait jamais touché un ordinateur. Tout ce qu’on peut faire c’est de la sensibilisation ».

En effet, l’Afrique reste le continent le moins équipé : moins de 15 % des foyers ont accès à un ordinateur, selon l’institut TNS Sofres. Pour y remédier, la Côte d’Ivoire par exemple a décidé d’abaisser significativement les droits de douane sur l’importation du matériel informatique en juillet 2015. Malgré le développement spectaculaire de l’internet mobile, l’Afrique est également le continent le moins connecté. Si le Maroc et l’Afrique du Sud tirent les statistiques vers le haut, moins de 2 % de la population de Guinée ou du Burundi peut accéder à internet, selon l’Unesco.

Mais les choses bougent : lundi 5 octobre 2015, l’entreprise américaine Facebook a annoncé le lancement d’un satellite pour développer les connections à internet en Afrique subsaharienne. Mise en orbite prévue pour 2016.