[Reportage] Insécurité au Cameroun: des enseignants manquent à l’appel

Un maître d'école dans une classe de Kolofata, Cameroun.
© RFI/Nicolas Champeaux

Dans la province de l’Extrême-nord du Cameroun, des centaines d’établissements scolaires ont été fortement perturbés lors de l’année scolaire passée en raison des raids et des enlèvements attribués aux combattants insurgés. On a relevé pour la rentrée du mois dernier un léger mieux, mais les défis demeurent. Reportage à Kolofata de notre envoyé spécial.

C’est l’armée qui a pris l’initiative d’une halte à Kolofata, dans une salle de classe aux murs couleur moutarde à l’ombre d’un manguier. A notre arrivée, les élèves ont entonné un chant à la gloire des écoliers courageux, le chant prônait aussi les vertus de la discipline. Tout cela manquait un peu de spontanéité « on vous amène ici pour illustrer l’accalmie et le retour à la vie », a glissé l’air grave et fier un sous-officier du Bataillon d’intervention rapide.

La ville a tout de même été frappée par un double attentat-suicide à la mi-septembre, mais la caserne est à 500 mètres de piste de l’école. « Tous les établissements de notre zone frontalière, sous tension depuis deux ans, ne bénéficient pas d’une telle protection militaire, reconnaît Gadji Morrassanda, maître d’école à Kolofata. De nombreuses écoles dans les villages des environs n’ont pas repris, surtout dans les villages près de la frontière, les enseignants ont vraiment peur d’aller là-bas. Pour un enseignant qui vient de Yaoundé, dès qu’il voit un problème, il abandonne les enfants pour se sécuriser lui-même ».

Création d’internats

Salle de classe d’une école de Kolofata, Cameroun. © RFI/Nicolas Champeaux

L’an passé, des élèves en zone dangereuse ont été regroupés dans des internats, « nous ne pouvons pas parler de génération sacrifiée », insiste Midjiyawa Bakari, gouverneur de la province de l’Extrême-nord. « Nous avons créé des internats, des salles de classe, des points d’eau, des dortoirs, et même des cantines. Nous avons continué cette année avec ces centres d’écoles. Nous avons lancé la rentrée ici avec la ministre de l’Education de base, et nous avons constaté que les classes étaient bondées ».

Le gouverneur assure avoir été approché par des parents d’élèves pour que des écoles en zone rouge puissent de nouveau accueillir des écoliers : « Nous leur avons dit que nous avions des réunions avec des responsables militaires, pour voir dans quelles conditions on pourra très bientôt rouvrir ces écoles. La paix revient progressivement, nous pensons que d’ici la fin du trimestre de nombreuses écoles dans les zones frontalières seront ouvertes ». Cet optimisme laisse des observateurs perplexes. Ils rappellent que l’armée devra d’abord quitter des établissements scolaires transformés en camp militaire à Kerawa ou Fotokol au sud du lac Tchad.