Guinée: l’opposition rejettera les résultats de la présidentielle

Lors du scrutin, les noms sur les listes biométriques n'étaient pas classés par ordre alphabétique. La recherche prenait parfois 5 minutes et parfois beaucoup plus.
© RFI/Guillaume Thibault

En Guinée-Conakry, au lendemain de la présidentielle, les sept candidats opposés à Alpha Condé ont dénoncé, ce lundi 12 octobre, des fraudes. Ils annoncent qu'ils rejetteront les résultats du premier tour. Le porte-parole du président Alpha Condé demande à l'opposition de faire preuve de responsabilité.

Ce lundi soir, l’atmosphère est calme. Certains vont à la mosquée, d’autres pratiquent le football à la lumière des lampadaires, les enfants chahutent, les marmites chauffent sous les feux de bois. La nuit est désormais tombée et, pour le moment, les déclarations de l’opposition n’ont pas eu de conséquences sur l’attitude des habitants de Conakry, la capitale. Ces derniers, apaisés, n’ont visiblement pas envie de voir leurs cités revivre les violences de la semaine passée.

Dans les quartiers périphériques, en majorité des quartiers populaires, l’état d’esprit est le même. La population vaque à ses occupations et les priorités qui consistent à gérer la vie quotidienne et gagner l’argent pour faire le ravitaillement sont sans doute plus importantes que la bataille que se livre la classe politique.

L'attente des électeurs

« Quand on se lève le matin, on écoute la radio, on passe des coups de fil, tout le monde est angoissé dans le quartier. On veut savoir comment ça se passe », dit un électeur. Un sentiment partagé par de nombreux Guinéens qui s'impatientent de voir les résultats de l'élection. 

L’ambiance pourrait néanmoins évoluer lorsque la Céni (Commission électorale nationale indépendante) donnera les résultats provisoires du vote. Aucune date n’est, pour le moment, fixée. Il faut que tous les procès verbaux – il y a 14 000 bureaux dans toute la Guinée – soient rapatriés à Conakry.

Cela peut prendre du temps dans certaines régions reculées. C’est par pirogue que ces documents précieux sont acheminés. Lorsque le dernier procès-verbal sera arrivé à la Céni, celle-ci aura au maximum 72 heures pour publier les résultats provisoires de ce premier tour.

« Une mascarade politique », dénonce l'opposition

Au lendemain du premier tour de la présidentielle qui s’est déroulé dans le calme et qui a vu les Guinéens voter en masse, l’opposition dénonce une mascarade politique. A la Maison de la presse, à Conakry, devant les journalistes, les sept candidats opposés à Alpha Condé ont tous dénoncé des fraudes et annoncé qu'ils n'accepteraient pas les résultats du premier tour.

« Le scrutin a été une mascarade, une fraude massive qui a été organisée toute la journée et qui continue aujourd’hui au niveau des commissions administratives de centralisation de vote. Nous ne pouvons pas vraiment accepter ce scrutin-là. Nous demandons son annulation et nous ne reconnaîtrons pas les résultats », a déclaré Cellou Dalein Diallo, chef de l’opposition.

« Il n’y a pas d’autre solution. Nous avons montré toute notre bonne foi ; nous avons mené des campagnes responsables, républicaines. Les gens étaient mobilisés, mais avec cette mascarade électorale, ce hold-up qu’on est en train de préparer, nous ne pouvons pas souscrire, naturellement, à cela », a-t-il ajouté.

Communauté internationale mise en cause

Les anomalies observées dans les différents bureaux de vote sont particulièrement ciblées sur les fiefs de l'Union des forces républicaines.
Sidya Touré, président de l'Union des forces républicaines et candidat à l'élection présidentielle
13-10-2015 - Par Moktar Bah

C’est ce mardi que les observateurs de l’Union Africaine et de l’Union Européenne doivent présenter leurs rapports sur le déroulement du scrutin. Visiblement dépité du déroulement du premier tour, Sydia Touré, qui était pourtant l’un des challengers de cette présidentielle, a annoncé lundi soir qu’il quittait le processus électoral. Pour lui, la communauté internationale est inexistante.

Pour la candidate écologiste Marie Madeleine Dioubaté, la communauté internationale s’est rangée du côté du pouvoir et n’a pas su mesurer la gravité de la crise en Guinée. « La communauté internationale reste toujours du côté du plus fort », a-t-elle martelé.

Au sein de la majorité présidentielle, le porte-parole d'Alpha Condé estime au contraire que les diplomates étrangers et les observateurs ont apporté de la transparence au scrutin. « Nous sommes preneurs de toute initiative qui permettrait d'apaiser les esprits, mais encore une fois il n'est pas question de céder au chantage de la violence », a-t-il prévenu.

« Faisons preuve de responsabilité », demande le camp présidentiel

Du côté du camp du pouvoir, RFI a interrogé Albert Damantang Camara, porte-parole du président Alpha Condé. Il dénonce les propos de l'opposition et lui demande de faire preuve de responsabilité.

« Ce n’est pas très nouveau par rapport à l’habitude que notre opposition a prise, depuis 2010, de systématiquement contester les résultats des élections et de mettre en veilleuse nos institutions républicaines et nos textes qui sont, en principe, censés gérer ce type de situations. Donc, cela ne nous surprend pas, mais ce que l’on aimerait c’est que, au moment où la Guinée est en train de consolider son processus démocratique, l’on fasse tous preuve d’un peu plus de responsabilité et qu’on évite de lancer des accusations à tout va », a déclaré à RFI le porte-parole du président Alpha Condé.

« Nous avons également un certain nombre de griefs, autant sur l’organisation que sur le comportement d’un certain nombre de membres de l’opposition. Dans le cadre de ce processus, nous faisons confiance à la justice et aux procédures pour régler ces différents cas et on ne souhaite pas envenimer ou mettre plus de tension en déballant, auprès des médias, ce que nous avons à reprocher, en général, à l’opposition. Donc, je pense qu’il faut garder un maximum de sérénité ; laisser nos institutions travailler et attendre tout simplement que les résultats définitifs soient proclamés pour éventuellement émettre des avis ou des contestations », a ajouté Albert Damantang Camara, porte-parole du président Alpha Condé.