Ethiopie: malgré la crise alimentaire, une image à préserver

Après plusieurs graves crises alimentaires ces dernières décennies, Addis-Abeba sait comment préserver l'image du pays.
© (CC)/Hansueli Krapf/Wikipédia

Lors d'une réunion avec les bailleurs et les ONG, lundi 12 octobre, le gouvernement a indiqué que plus de 8 millions d'Ethiopiens avaient besoin d'aide alimentaire, contre 4,5 millions lors de la dernière estimation d'août. Il y a 10 jours, le porte-parole du gouvernement, qui a débloqué lui-même près de 170 millions d'euros, avait demandé plus de soutien financier aux bailleurs lors d'une conférence de presse, alors que jusque-là, la communication à destination du grand public avait été très limitée. Après plusieurs graves crises alimentaires ces dernières décennies, le sujet reste sensible pour Addis-Abeba.

En quête de financement, l'Etat et les bailleurs commencent à évoquer publiquement l'ampleur de la crise. Mais jusque-là, les ONG avaient reçu des consignes de discrétion. L'Ethiopie se voit en pays émergent et pour attirer les investisseurs, met en avant sa croissance à deux chiffres. Il n'est pas question donc de revoir les visages d'enfants malnutris. Le gouvernement connaît maintenant la portée de l'image médiatique souligne Eloi Ficquet, historien spécialiste de la Corne de l'Afrique.

« Désormais, c'est un paramètre qu'ils savent bien maîtriser en amont et sur lequel ils peuvent jouer avec des mécanismes de censure, des mécanismes répressifs, explique l'universitaire. Ces derniers jouent fortement aussi bien sur la presse locale que sur la capacité d'expression de bailleurs internationaux. S'ils veulent continuer d'opérer dans le pays, ils le font en échange d'une certaine discrétion. »

Pour négocier cette discrétion avec les bailleurs, le régime a des arguments, estime Eloi Ficquet. Deuxième pays le plus peuplé d'Afrique, l'Ethiopie a surtout un poids politique et militaire crucial pour la stabilité de la région. Addis-Abeba abrite le siège de l'Union africaine et est un centre diplomatico-humanitaire régional où se livrent des jeux de pouvoir à plusieurs échelles. Pour ce qui est des ONG, souligne Eloi Ficquet, elles ont besoin d'être présentes sur certains terrains pour communiquer et lever des fonds. « L'Ethiopie est stratégique à cet égard », conclut-il.

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