Procès Hissène Habré: la répression féroce des Zaghawas

L'ancien président du Tchad Hissène Habré lors du premier jour de son procès, le 20 juillet 2015 à Dakar.
© AFP PHOTO / SEYLLOU

Le procès d'Hissène Habré se poursuit à Dakar. Il a désormais ses rituels. L'ancien président tchadien ne manque par exemple jamais en fin de journée de joindre les deux mains et de se tourner vers la salle pour se faire applaudir par ses soutiens. Avant cela, mardi, il a dû écouter le long témoignage d'une femme dont l’histoire est symbolique de la répression contre les Zaghawas dans les dernières années du régime.

Voile noir enroulé autour du visage et marque de prière sur le front, Fatimé Hachim Saleh commence à raconter à la barre comment son mari, un fournisseur bien en vue de Ndjamena, a été enlevé. Puis elle s'interrompt : « Depuis ce jour, je ne l'ai plus revu », explique-t-elle.

Comme les hommes, les femmes ont été victimes de l'Etat tchadien d'Hissène Habré. Fatimé Hachim Saleh avait 24 ans lorsqu'elle a été arrêtée puis détenue pendant plus de 18 mois. Elle raconte son accouchement en prison, sans médecin ni infirmière, les scorpions dans les cellules et comment elle désinfectait les blessures de ses codétenus avec des plantes médicinales.

Elle se souvient aussi de la torture subie dans le fleuve : « Je leur ai dit que comme je ne sais rien, je n'ai rien à vous dire (...) Ils m'ont encore remise dans l'eau. »

« Il a arrêté presque tous les Zaghawas »

Lunettes Dolce Gabana sur le nez, la procureure lui demande pourquoi, selon elle, elle a subi tout cela : « Ils m'ont arrêtée parce que je suis Zaghawa, déclare-t-elle. Il a arrêté presque tous les Zaghawas, y compris les chauffeurs de bus. »

Menacé par la rébellion de ses anciens alliés hadjaraïs, Hissène Habré se coupe peu de temps après de ses autres alliés zaghawas. Comme pour les Hadjaraï, c'est l'ensemble des Zaghawas qui payent de leur sang la rupture entre le président et ses chefs de guerre.

Après la fuite de cadres zaghawas, dont l'actuel président Idriss Déby Itno en avril 1989, la répression s'intensifie. Fatimé Hachim Saleh est arrêtée un mois plus tard. Elle devra attendre le 1er décembre 1990 et l'entrée des troupes d'Idriss Déby dans Ndjamena pour être libérée.


■ L'épouse d'Hissène Habré menace l'avocate des victimes

L’avocate principale des victimes, Maître Jacqueline Moudeina, a été menacée par la femme d’Hissène Habré, mardi. A la sortie de la salle d'audience du palais de justice, Fatimé Chahata Habré Bouteille, l'ancienne première dame du Tchad, s'en est pris à l'avocate : « C'est toi qui les as ramenés, tu vas le payer », a-t-elle lancé à propos de témoins qui venaient de déposer à la barre en pointant du doigt Me Moudeina.

Clément Abaifouta, président de l'Association des victimes des crimes du régime de Hissène Habré qui a tenté de s'interposer a lui aussi été agressé par un partisan de l'ancien président. Tous deux ont annoncé qu'ils allaient porter plainte.

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