Boko Haram: retour de l'état d'urgence dans la région de Diffa au Niger

A Diffa, la circulation des motos est interdite, aucun véhicule n'est autorisé le soir et les contrôles d'identité sont renforcés.
© AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO

En Conseil des ministres mercredi, les autorités ont décidé de placer la région de Diffa, dans le sud du Niger, sous état d’urgence pour une durée de deux semaines. Cette mesure permet aux autorités de renforcer les mesures de sécurité, d'imposer un couvre-feu et de limiter la circulation pour mieux lutter contre le groupe Etat islamique en Afrique de l'Ouest (ex-Boko Haram).

A Diffa, il est interdit de circuler à moto. L'usage des véhicules est interdit le soir et les contrôles d'identité sont renforcés. Selon les autorités, ces mesures visent à réduire les risques d'attaques perpétrées par des kamikazes du groupe Etat islamique en Afrique de l’Ouest (ex-Boko Haram).

« Il s’agit de donner à nos forces de défense et de sécurité les moyens pour conduire efficacement leur mission », explique Hassan Ardo Ido, le secrétaire général du gouvernorat de Diffa, qui indique que la semaine dernière six personnes porteuses de ceintures d’explosifs ont été neutralisées.

« Il s’agit de permettre d’interpeller, de perquisitionner et de détenir sans avoir au préalable à informer le procureur, poursuit-il. Les terroristes aujourd’hui sont fortement affaiblis, mais ils disposent encore d’une importante capacité de nuisance. Ça se remarque dans les villages, le long de la frontière, où ils viennent souvent commettre des meurtres ou des assassinats collectifs avant de disparaître. » La semaine passée, nous avons réussi à neutraliser six personnes porteuses de ceintures d’explosifs.

Mais les restrictions concernent aussi l'agriculture, la pêche et la vente de carburant sur les îles du lac Tchad, ce qui a un sérieux impact sur l'économie de la région. « Toutes les activités commerciales sont arrêtées. Les populations sont essoufflées », s’inquiète Issa Lamine, député de l’opposition qui craint que ces mesures s’inscrivent dans la durée.

Climat de terreur

A cela s'ajoute un climat de peur, comme l'explique Moussa Tchangari, militant d'Alternative Espace Citoyen. « C’est inquiétant. Déjà, il y a des centaines de personnes qui sont interpellées, qui sont en garde à vue, affirme-t-il. Il n’y a pas eu un seul procès et ça commence à friser l’arbitraire. Et donc on ne peut pas juguler une situation comme celle-là en commettant des actes qui font renforcer le sentiment de frustration qui existe déjà. »

Concernant ces inquiétudes, le secrétaire général du gouvernorat répond qu’« il n’y a pas de raison de violer les droits de quelqu’un, même de celui qui est coupable de quelque chose, à plus forte raison de celui qui n’a rien fait. »

Depuis février, les autorités estiment avoir interpellé près de 1 100 personnes soupçonnées d'appartenir à la secte islamique.