Procès Habré: contre-interrogatoires sur la répression des Zaghawas

Au premier jour de son procès, l'ancien président tchadien Hissène Habré a crié sa colère vis-à-vis du tribunal et a dû être maitrisé par les forces de l'ordre.
© AFP PHOTO / SEYLLOU

A Dakar, le procès de l’ancien président tchadien se poursuit depuis plus d’un mois et la cour tente de décrypter toute cette période de l’histoire du pays. D'abord alliés d'Hissène Habré, les chefs de guerre zaghawas sont devenus au fil du régime ses ennemis. La confiance est rompue à tel point qu'en avril 1989 plusieurs cadres zaghawas dont Idriss Déby fuient le pays. C'est le début d'une répression dont les Chambres africaines extraordinaires essayent actuellement de cerner les contours et l'ampleur.

Comme lors des audiences consacrées à la répression des Hadjaraïs, les témoins Zaghawas se succèdent depuis plusieurs jours à la barre avec des récits d'arrestations et d'exécutions plus horribles les uns que les autres. Tous pointent du doigt la responsabilité plus ou moins directe d'Hissène Habré.

Pour défendre l'ancien président, les avocats commis d'office tentent de déconstruire les témoignages. Première méthode : s'attarder sur la notion sensible et complexe d'identité au Tchad.

Mettre en cause la fidélité des témoins à l'Etat tchadien

Yacoub Haroun Ibrahim est le témoin du jour. Plusieurs membres de sa famille ont été arrêtés puis exécutés. Maître Mounir Balal lui demande s'il se sentait avant tout Tchadien ou Zaghawa : « Est-ce qu'il considère également que les Zaghawa soudanais font partie de sa famille ?
- Oui
- D'accord 
»
Derrière cette question rhétorique, l'idée est d'éprouver la fidélité du témoin et de sa famille au sens proche ou large à l'Etat central tchadien.

Témoignages fragiles ?

Autre argument de la défense : la simple présence à la barre de témoins n'ayant subi aucune violence démontrerait que les Zaghawas qui n'ont pas pris les armes aux côtés de la rébellion ont été épargnés. « Est-ce qu'il ne pense pas que c'est parce qu'il n'a pas combattu contre les forces gouvernementales que sa vie a été épargnée ? »

Enfin, la Défense cherche à souligner la fragilité de certains témoignages parfois basés sur des propos rapportés : « Il tient des propos des parents de ces 44 autres personnes qui lui auraient dit que ce ne sont pas des combattants, on est d'accord ? »

Autant d'arguments qui peuvent se révéler pertinents à la marge, mais semblent difficilement pouvoir ébranler le constat d'un Etat sans pitié dirigé d'une main de fer par Hissène Habré.

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