[Portrait] Guinée : un second mandat pour Alpha Condé

Le président de la Guinée, Alpha Condé, salue les militants de son parti, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), à Conakry, le 11 août 2015.
© AFP PHOTO / CELLOU BINANI

Moins d'une semaine après le premier tour de la présidentielle en Guinée, la victoire du président sortant Alpha Condé est désormais acquise. La commission électorale a fini son travail. Tous les procès-verbaux du premier tour de la présidentielle sont désormais connus, même si les résultats ne seront définitifs qu'une fois validés par la Cour constitutionnelle. Alpha Condé va entamer un second mandat d'affilée à la tête de cet Etat d'Afrique de l'Ouest. Portrait.

« Ceux qui m'empêcheront de réussir ne sont pas encore nés », disait récemment au magazine Jeune Afrique, Alpha Condé. Une phrase qui traduit l'un de ses traits de caractère dominant : une volonté peu commune. A 77 ans, le président, réélu pour un second mandat, n'a semble-t-il rien perdu de cette énergie et de cette volonté qui en 2010 lui avaient permis de déjouer les pronostics entre les deux tours, et de battre son challenger Cellou Dalein Diallo sur le fil.

Cette volonté, Alpha Condé l'a forgée sur les bancs de l'opposition qu'il rejoint dès 1961. Etudiant à Paris, il rompt avec le président Sékou Touré qu'il admirait pourtant jusqu'alors. Condamné à mort par contumace en 1970 par le même Sékou Touré, il revient sur la scène politique à la faveur des premières élections pluripartites de 1993. Mais le président d'alors, Lansana Conté, se méfie de cet opposant déjà populaire et qui flirte trop à son goût avec les discours incendiaires.

Son credo : le changement

A la présidentielle de 1998, Alpha Condé est arrêté et condamné à cinq ans de prison pour atteinte à la sûreté de l'Etat. Il sera gracié trois ans plus tard. Ce parcours, Alpha Condé en fait une marque de fabrique, non sans une certaine mauvaise foi, lorsque par exemple, il jette tous ses opposants dans le même sac : celui de la collaboration avec le président Conté, voulant s'affirmer en seul véritable opposant.

Remplir l'espace et ne laisser aucune chance à ceux qui pourraient lui disputer le titre d'opposant historique fut sa stratégie durant les années 2000-2010. Aujourd'hui, son credo est devenu le changement. Durant les cinq années de son premier mandat, Alpha Condé a mis toute son énergie et une partie de la rente minière à construire le barrage de Kaleta qui fournit aujourd'hui de l'électricité à Conakry. Il est convaincu que seuls des résultats spectaculaires et tangibles pourront séduire des Guinéens désabusés par la classe politique.

« Mandela de l'Afrique de l'Ouest »

« J'ai hérité d'un pays, mais pas d'un Etat », aime-t-il répéter. A la fois pour expliquer l'ampleur de sa tâche dans un pays en retard sur le reste de la région, mais aussi pour justifier la lenteur des résultats. Car si Alpha Condé a bel et bien lancé une vaste modernisation de l'Etat, les Guinéens restent confrontés à une misère endémique et à une corruption importante.

Dans la sphère politique, Alpha Condé avance au pas de charge écartant d'une main agacée les critiques de son opposition qui l'accuse de fraudes électorales. Pourtant, il reste soucieux de son image sur la scène internationale. Impossible de mettre en doute son attachement à la démocratie sans provoquer sa colère, lui qui au sortir de prison en 2001 avait pour un temps gagné le surnom de « Mandela de l'Afrique de l'Ouest ».